Il se voit infliger 20 ans de prison pour des assassinats d’opposants dans les années 1980.

Le président du Suriname Desi Bouterse, 74 ans, a été condamné vendredi par un tribunal militaire à 20 ans de prison pour son implication dans la torture et l’assassinat de 15 opposants politiques en 1982, à Fort Zeelandia (Paramaribo) ; il s’agissait de 13 civils et de deux militaires. Desi Bouterse et 24 autres suspects sont visés par cette affaire, dite des "massacres de décembre", depuis 2007.

Dictateur, puis élu

Arrivé au pouvoir en 1980 après un coup d’État, M. Bouterse avait ensuite dirigé une dictature militaire jusqu’en 1988. En 2010, il avait été élu à la tête de l’État, où il se trouve toujours aujourd’hui.

À son retour d’une visite d’État en Chine, dimanche, le président Bouterse a dénoncé un "procès politique", lors d’une conférence de presse, et a annoncé son intention de faire appel. Il devait se réunir avec ses avocats et les membres de sa coalition parlementaire.

Le chef de l’État a en outre annulé un déplacement prévu à Cuba de lundi à mercredi.

Des militants du Parti national démocratique (NDP) de Desi Bouterse avaient attendu dimanche matin le président à sa descente de l’avion, habillés aux couleurs du parti et chantant "On veut Bouta !".

La nouvelle de sa condamnation, après un procès de 12 ans, a fait descendre dans la rue partisans et opposants de l’homme fort du Suriname, tant dans son pays qu’aux Pays-Bas, où résident certaines familles des victimes de 1982. Le Suriname est une ancienne colonie anglaise puis néerlandaise.

Il n’ira pas en prison

Le tribunal qui a condamné le président n’a pas demandé son placement en détention et il est peu probable que M. Bouterse finisse derrière les barreaux. La peine peut en effet être évitée via des recours légaux, une grâce... présidentielle ou par le biais d’une loi d’amnistie.

Le président Bouterse a toujours nié sa participation dans cette affaire, affirmant que ces personnes avaient été arrêtées pour avoir préparé un contre-putsch contre lui, avec l’aide de la CIA, et qu’elles avaient ensuite été abattues alors qu’elles tentaient de s’enfuir.

Figure controversée, le commandant Desi Bouterse s’était emparé du pouvoir en 1980, cinq ans après l’indépendance de cette ex-colonie.

Instaurant une dictature militaire, il avait alors dirigé le pays jusqu’en 1987 avant de mener un second coup d’État en 1990 pour un bref retour au pouvoir, jusqu’en 1991.

Condamné en 2000 aux Pays-Bas à 11 ans de prison par contumace, pour trafic de cocaïne, et recherché par Interpol, il réalise un coup double en 2010 en étant élu démocratiquement à la présidence, décrochant l’immunité et revenant au pouvoir par la même occasion. Il a été réélu en 2015 pour cinq ans. (Avec Belga et AFP)