Urgentiste dans un hôpital new-yorkais, le Dr Craig Spencer décrit, dans une série de tweets, son quotidien en pleine crise du coronavirus. Il a déjà affronté des épidémies, mais il est terrifié par ce qu'il voit chaque jour en allant travailler.

Il y a dix jours, ce jeune médecin, père de famille, s'est mis à raconter ses journées au Presbyterian-Columbia University Medical Center de New York. Par son histoire, il veut avant tout rendre compte de la situation et éveiller les consciences des habitants de sa ville, épicentre de l'épidémie de Covid-19 aux États-Unis.

Chaque jour, il explique qu'il réitère les mêmes diagnostics, les mêmes gestes, les mêmes constats: "Presque tous les patients qu'on voit sont les mêmes. On part du principe qu’ils ont tous le Covid-19. On porte gants, lunettes de protection et masques pour toute consultation. Toute la journée. C’est le seul moyen de se prémunir. Où sont passés les victimes d'infarctus et d'appendicites? Il n'y a que des cas de Covid-19".


Au fil des tweets, il décrit, comme s'il tenait un journal, ce qu'il voit toute la journée : "Patient dans un état grave, souffle court, fièvre. Oxygène 88%". Ou encore : "Saturation trop basse, incapacité à respirer. Fièvre”. Craig Spencer ne s'arrête jamais, va d'un patient à l'autre sans voir le temps filer, s'entretient en vidéo avec les familles des malades. "Au cours de l'après-midi, vous vous rendez compte que vous n'avez pas bu une goutte d'eau. Vous avez peur d'enlever le masque. C'est la seule chose qui vous protège", raconte le médecin, qui a survécu au virus Ebola lorsqu'il travaillait comme épidémiologiste en Afrique et en Asie. "Vous pouvez sûrement tenir un peu plus longtemps - en Afrique de l'Ouest, pendant l'Ebola, vous avez passé des heures dans une combinaison chaude, sans eau. Ah, un patient de plus..."

Une fois la journée de travail terminée, la peur ne quitte pas Craig Spencer. Avant de quitter les lieux, il nettoie chacun de ses objets personnels: téléphone, mallette, thermo, badge. "Puis vous sortez et vous enlevez votre masque. Vous vous sentez nu et exposé. Il pleut encore, mais vous voulez rentrer à pied. Vous vous sentez plus en sécurité que dans le métro ou le bus, et vous avez besoin de décompresser. Les rues sont vides. Vous ne ressentez rien de ce qui se passe à l'intérieur de l'hôpital. Peut-être que les gens ne savent pas ?", s'interroge l'urgentiste.


Une fois chez lui, il prend toutes les précautions nécessaires pour éviter de contaminer sa famille. "Vous rentrez chez vous. Vous vous déshabillez dans le couloir (c'est bon, vos voisins savent ce que vous faites). Tout est dans un sac. Votre femme essaie d'éloigner votre enfant, mais elle ne vous a pas vu depuis des jours, alors c'est très dur. Vous courez à la douche et rincez tout. Il est temps de passer du temps en famille".

S'il sait qu'il est trop tard pour arrêter le virus, Craig Spencer espère juste convaincre les gens de l'importance de rester chez eux, pour ralentir la propagation du virus. "La distanciation sociale est la seule chose qui puisse nous sauver aujourd’hui. Je me fiche de l’impact économique comparé à notre capacité à sauver des vies", martèle-t-il. Avant de conclure: "J’ai survécu à Ebola. J’ai peur du Covid-19. Jouez votre rôle, restez à la maison, restez en sécurité. Et tous les jours j’irai travailler pour vous".