Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a déclaré dans un communiqué que les Etats-Unis continuaient d'être en "profond désaccord" avec la volonté de la juridiction d'enquêter au sujet de l'Afghanistan ou d'Israël, mais il a ajouté que Washington souhaitait évoquer ces cas "à travers le dialogue avec tous les acteurs du processus en lien avec la CPI plutôt que par l'imposition de sanctions".

Le président Biden a donc "révoqué" le décret présidentiel pris en juin dernier par son prédécesseur qui permettait de punir les juges, "mettant fin à la menace" de sanctions économiques et de restrictions de visas, a-t-il annoncé.

"En conséquence, les sanctions imposées par le précédent gouvernement contre la procureure de la CPI Fatou Bensouda" et un autre responsable, Phakiso Mochochoko, "ont été levées", a-t-il ajouté, ainsi que plusieurs restrictions de visas imposées en 2019 contre des membres du personnel de la juridiction basée à La Haye.

"Ces décisions reflètent notre analyse selon laquelle ces mesures étaient inappropriées et inefficaces", a insisté le secrétaire d'Etat.

L'administration Trump, porteuse d'une politique étrangère souverainiste et unilatéraliste, avait poussé à l'extrême la défiance à l'égard de la CPI, érigée en symbole de ce qu'elle exécrait dans le multilatéralisme. Elle avait ainsi pris une mesure sans précédent en sanctionnant directement en septembre Fatou Bensouda et d'autres responsables, pour avoir décidé d'ouvrir une enquête sur les allégations de crimes de guerre américains en Afghanistan.

"Soutien à l'Etat de droit"

A ce dossier explosif s'est ajoutée l'enquête récemment ouverte par la procureure sur des crimes présumés, imputés notamment à Israël, dans les territoires palestiniens occupés.

Le gouvernement Biden a manifesté sa "ferme opposition" à cette enquête, estimant que la Cour n'était "pas compétente" car l'Etat hébreu n'a pas signé le traité de Rome qui lui a donné naissance et les Palestiniens "ne sont pas un Etat souverain".

Malgré sa position somme toute proche de celle de l'équipe républicaine sur ces deux dossiers spécifiques, l'administration démocrate avait d'emblée semblé vouloir décréter une trêve.

Le département d'Etat avait ainsi rapidement prévenu, après l'arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche en janvier, qu'il avait commencé à réexaminer les sanctions. Le 46e président des Etats-Unis ayant mis la défense de la démocratie et des droits humains au coeur de sa diplomatie, une attaque contre la juridiction internationale censée punir les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité semblait en contradiction avec sa politique.

Mais les défenseurs des droits humains commençaient à s'impatienter.

"Notre soutien à l'Etat de droit, à l'accès à la justice et à la possibilité que les responsables d'atrocités de masse rendent des comptes sont des intérêts de sécurité nationale importants pour les Etats-Unis", a plaidé vendredi Antony Blinken, tout en appelant à une réforme de la CPI.

"Les sanctions punitives de l'administration Trump contre des responsables de la CPI avaient illustré un mépris flagrant pour les victimes de graves crimes internationaux", a affirmé Andrea Prasow, de l'organisation de défense des droits Human Rights Watch, dans un communiqué.

"En annulant enfin cet usage inédit et perverti des sanctions, le président Joe Biden a commencé à tourner la page de l'attaque menée par Donald Trump contre l'Etat de droit international", a-t-elle ajouté.