Extrait de Florence Autret, "Angela Merkel. Une Allemande (presque) comme les autres" (Tallandier), Paris, 2013.

La chancelière allemande est profondément choquée par ce qu’elle découvre au soir du 10 décembre 2009. Réunis à Bruxelles, les chefs d’État et de gouvernement européens accueillent le nouveau Premier ministre grec. Le socialiste George Papandreou explique : "Ecoutez, voilà. Tous nos chiffres sont faux. Mon pays est gangrené par la concussion, la malhonnêteté. Il faudra des années. Je suis déterminé à m’y employer. J’aurais besoin évidemment de soutien et d’aide parce que c’est une entreprise gigantesque", rapporte un participant à la réunion.

L’assemblée est soufflée. Angela Merkel "tressaille". [ ]

(Elle) se sent doublement trahie. Non seulement l’Europe, comme communauté de valeurs, est remise en cause par le mensonge des gouvernements helléniques successifs. Mais le système européen fait de la chancelière leur complice. Il la place devant des responsabilités qu’elle n’est pas en mesure d’assumer car les Européens n’ont à l’époque ni les instruments pour financer la Grèce à la place des marchés ni surtout les moyens de prendre les commandes du bateau grec à la dérive. On lui demande de se porter garante de forbans devant le Bundestag et son propre peuple. C’est impossible.

Le cynisme d’Athènes

Le mensonge grec était un secret de Polichinelle. Ce qui saisit les dirigeants européens pendant la soirée du 10 décembre, c’est plus encore la franchise de Papandreou que la gravité de la situation de son pays. En réalité, la Grèce était "sous observation" depuis plusieurs mois. Les administrations du Trésor et la BCE étaient parfaitement conscientes que la crise bancaire de 2008 - comme toutes celles qui l’ont précédée dans l’histoire - risquait de s’étendre aux souverains (les Etats) et que les premiers touchés étaient les plus faibles.

À deux reprises Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois et président du groupe des ministres des Finances de la zone euro, est envoyé à Athènes dans le plus grand secret. Il doit sonder Caramanlis, sinon le tancer. "Si on l’a envoyé, c’est que tout le monde savait que cela pouvait péter", rapporte un haut fonctionnaire. Mais le Luxembourgeois rentre bredouille, sans aucun engagement du prédécesseur de Papandreou sur la manière dont il entend sauver le crédit de son pays auprès des investisseurs internationaux.

Avec le plus grand cynisme, Caramanlis court le risque d’une nouvelle cessation de paiement. La Grèce en est coutumière. Mais, depuis 2001, elle fait partie de la zone euro. En cas de défaut, Caramanlis engage la responsabilité et la crédibilité de seize autres pays. Il s’obstine malgré cela à ne rien faire en attendant les élections de l’automne 2009.

Il devient patent à ce moment-là qu’il manque quelque chose à l’union monétaire. L’autodiscipline ne fonctionne pas. La discipline de groupe non plus. La pression amicale encore moins.