Portrait

Dans la galerie de portraits du Capitole de Boston, l’ancien gouverneur de l’État du Massachusetts Mitt Romney est en bonne compagnie. Derrière lui sur la toile est représentée une photo de sa femme Ann, une première dans un tableau officiel. Beaux, fortunés et entourés d’une nombreuse progéniture, les Romney incarnent la famille traditionnelle par excellence.

À 62 ans, la blonde chaleureuse épouse du candidat républicain est l’atout charme de son mari. Figure maternelle, revendiquant son statut de richissime femme au foyer, elle n’hésite pas à distribuer des cookies dans le bus de campagne qui sillonne les États-Unis. Cette image de "Stepford Wife", ces "femmes de" occupant un statut privilégié dans la société et déconnectées des réalités, lui colle à la peau. Pas étonnant quand on sait qu’elle affectionne tout particulièrement les Cadillacs, les chevaux de concours et qu’elle portait une blouse à 990 dollars lors d’une récente interview télévisée.

Si Ann Romney est l’antithèse d’Hillary Clinton, qui avait déclaré, alors qu’elle était aspirante "First Lady" en 1992, avoir autre chose à faire que de "rester à la maison, faire des cookies et boire le thé", la Républicaine peut aussi sortir les crocs et devenir chienne de garde si son foyer est attaqué.

Pas question ainsi de dévoiler plus qu’il n’en faut les coffres de l’ancien PDG de la firme d’investissements Bain Capital, estimée à 250 millions de dollars. "Nous avons fait tout ce qui était légalement requis de nous. Il n’y aura plus de communication sur nos impôts", a répondu Mme Romney suite à la polémique déclenchée par le refus du candidat républicain de dévoiler ses déclarations fiscales antérieures à 2010.

Moins Barbie que Cindy McCain, l’épouse du candidat républicain John McCain battu par Barack Obama il y a quatre ans, Ann Romney a été décrite comme "une rebelle à contresens". Son grand-père était mineur gallois et son père, Edward R. Davies, un self-made-man immigré aux États-Unis qui a réussi dans les affaires en créant en 1946 sa propre compagnie d’outillages pour les chantiers maritimes, dans le Michigan. Le fils du gouverneur de l’État George Romney jette son dévolu sur Ann Lois Davies alors qu’ils sont encore lycéens dans des établissements privés près de Détroit. C’est l’époque des prémices de la révolution sexuelle et du féminisme, mais Ann Romney fait un choix à contre-courant, et contre l’avis de ses parents, de se convertir au mormonisme puis de se marier à l’âge de 19 ans, en 1969. Le couple aura cinq fils en l’espace de 11 ans. Le clan Romney compte aujourd’hui 18 petits-enfants.

Son statut d’épouse privilégiée sert souvent de cible à ses détracteurs. Récemment, la commentatrice Hilary Rosen a déclaré qu’Ann Romney n’avait pas son mot à dire sur les sujets économiques car "elle n’a jamais travaillé de sa vie". L’ancienne "First lady" du Massachusetts a répondu via Twitter : "J’ai fait le choix de rester à la maison et d’élever cinq garçons. Croyez-moi, c’est du travail".

Le destin ne l’a d’ailleurs pas épargnée. À 49 ans, elle apprend qu’elle souffre de sclérose en plaque et contemple l’angoisse d’une existence confinée dans une chaise roulante. Elle entreprend alors un traitement coûteux et s’intéresse aussi aux médecines alternatives. L’équitation devient ce qu’elle appelle "une thérapie de la joie". Elle est ainsi parvenue à maîtriser la maladie. En 2009, elle est soignée d’un cancer du sein.

Avec ses hauts et ses bas, ses joies et sa souffrance, l’histoire personnelle d’Ann Romney tombe à point pour humaniser et donner du relief au profil plat de son époux. Mais celle-ci peine malgré tout à sensibiliser l’électorat féminin, majoritairement acquis aux Démocrates. Son silence sur la polémique déclenchée par les propos de l’élu républicain du Missouri Todd Akin, selon qui une femme violée ne pourrait tomber enceinte de son agresseur, en dit long