Avec courage et ténacité, elle n’a cessé de dénoncer les exactions de Vladimir Poutine et cherché la vérité sur le conflit tchétchène. Un métier, des valeurs pour lesquelles la journaliste russe fut assassinée… En cette journée de la femme, zoom sur une grande dame de la presse.

"Pourquoi je déteste Poutine ? Pour sa balourdise, son cynisme, sa xénophobie, ses mensonges, pour les gaz qu’il a utilisés lors du siège de Nord-Ost (la prise d’otages du théâtre de la Doubrovka à Moscou en octobre 2002), pour le massacre des innocents (les Tchétchènes tués dans les bombardements russes) (1)." Anna Politkovskaïa ne mâchait pas ses mots quand il s’agissait de dénoncer le régime de Vladimir Poutine. A la fois dure avec ses collègues de travail, à la fois si douce avec les personnes persécutées par l’état russe, la journaliste n’a pas hésité à mettre sa vie en danger au nom de la vérité et de la liberté de la presse. Elle se savait traquée, physiquement menacée, mais ses convictions étaient inébranlables. Courageuse, cette femme d’exception reste aujourd’hui le symbole d’une Russie opaque. Jusqu’au bout, Anna Politkovskaïa aura dénoncé les atrocités commises en Tchétchénie.

Anna, la journaliste engagée

Née aux États-Unis de parents diplomates soviétiques, elle étudie à Moscou et devient journaliste et écrivain. Peu impliquée au départ dans la couverture du premier conflit tchétchène, Anna suit de près les violations de la toute fraîche liberté de la presse en Russie. C’est en 2001 que les choses se corsent pour la journaliste. Elle est capturée en Tchétchénie alors qu’elle menait une enquête sur les centres de détention de l’armée. Menacée des pires sévices, elle publie néanmoins ses articles et dénonce la barbarie des troupes russes.

L’année suivante, Anna Politkovskaïa tente une médiation lors de la prise d’otage du théâtre de Moscou. Mais, l’assaut a été donné.129 morts! Craignant un nouveau massacre, elle cherche à réitérer cette action en 2004 à l’école de Beslan. Seulement, durant son vol, la journaliste fut saisie de violents maux de ventre. Tentative d’empoisonnement?

Et pourtant Anna s’acharne et refuse de capituler, quitte à mettre sa vie en danger. Elle publie de nombreux pamphlets dont « Douloureuse Russie », une attaque directe envers Poutine. Le 7 octobre 2006, l’inévitable se produit, elle est assassinée au bas de son immeuble.

Anna, la femme

Anna Politkovskaïa avait beau représenter cette image de la femme forte et courageuse, elle était douce et chaleureuse avant tout. Divorcée et mère de deux enfants, elle connaissait la course matinale. Pourtant, ce petit bout de femme était coquet. Toujours apprêtée, les boucles d’oreilles assorties et la touche de rouge à lèvres qui égayait son visage.

Le rédacteur en chef du journal « Novaia Gazeta », Dimitri Mouratov, disait d’elle que son expérience en Tchétchénie l’avait transformée en tant que femme. C’est comme si sa fraîcheur s’était envolée et que rire était devenu futile. Pourtant, sa petite soeur explique combien Anna aimait rire, une qualité qu’elle aurait sans doute souhaité partager avec les « oubliés de Tchétchénie ».

(1) «La Russie selon Poutine», Buchet-Chastel, 2005.