Le nouveau ministre des Affaires étrangères colombien, Jaime Bermudez, entamait lundi une visite de trois jours en France, alors que des tensions sont apparues entre les deux pays après la libération début juillet d'Ingrid Betancourt. Cette première visite à l'étranger de M. Bermudez, qui doit rencontrer mardi son homologue français Bernard Kouchner, est l'occasion de faire "la démonstration que les relations franco-colombiennes sont plus qu'excellentes", a assuré le porte-parole du Quai d'Orsay Eric Chevallier.

Des représentants du comité de soutien à Ingrid Betancourt, devenu "Agir avec Ingrid", et la Fédération internationale des comités Ingrid Betancourt (Ficib), devaient être reçus lundi soir par le ministre à l'ambassade de Colombie à Paris. Dès sa libération après plus de six ans de captivité, la Franco-Colombienne -actuellement en vacances aux Seychelles avec ses enfants- s'est engagée à lutter pour la libération de tous les otages. Quelque 3.000 personnes en Colombie sont aux mains des guérillas, des groupes paramilitaires d'extrême droite et de bandes criminelles.

De son côté, M. Bermudez, accompagné à Paris de son collègue chargé de l'Economie Luis Guillermo Plata, a souligné avant sa venue le rôle actuel de la France en tant que présidente en exercice de l'Union européenne. Selon lui, "la Colombie entend développer rapidement ses relations avec l'UE", notamment par un accord avec la Communauté andine (Colombie, Pérou, Equateur et Bolivie). Mais, selon des sources proches du dossier, sa visite vise aussi à "apaiser les tensions" nées des conditions de libération le 2 juillet par les forces spéciales colombiennes d'Ingrid Betancourt et 14 autres otages de la guérilla des Farc, lors d'une opération dont la France a été tenue à l'écart.

Ces sources soulignent que M. Bermudez est un proche du président Alvaro Uribe et que "c'est un spécialiste de la diplomatie de crise". Paris a affirmé que M. Kouchner "saisira cette occasion pour rappeler la disponibilité de la France à apporter, si les autorités colombiennes le souhaitent, sa contribution aux efforts" en faveur des otages toujours détenus par la guérilla marxiste.

Après la libération de Mme Betancourt, Bogota a mis fin à une mission de médiation de la France, de l'Espagne et de la Suisse qui préconisaient une solution négociée avec les Farc, accusant les émissaires français et suisse d'avoir été "porteurs" d'argent pour les Farc. Le président colombien, élu sur la promesse d'éradiquer la guérilla, a affiché sa volonté de reprendre totalement en main le dossier des otages au moment où l'étau se resserre autour des Farc. Dans ce contexte, la police espagnole a annoncé ce week-end l'arrestation de la représentante présumée des Farc en Espagne, Maria Remedios Garcia Albert. D'autres arrestations en Europe devraient suivre, a affirmé le chef de la police colombienne.

Les familles des otages et les comités de soutien disent quant à eux craindre une "guerre totale" contre les Farc qui mettrait en péril la vie des otages. "Nous espérons que le gouvernement prendra, sans attendre, les décisions nécessaires pour libérer les otages qui restent détenus en rejetant l'option d'opérations sanglantes", a affirmé à l'AFP Olivier Roubi, vice-président de la Ficib. "Nous ne baisserons pas les bras, car leur liberté est plus que jamais notre combat", a assuré de son côté Hervé Marro, porte-parole du collectif "Agir avec Ingrid".