Deux semaines après l’attentat terroriste de Berlin, qui a mis à jour des couacs dans la coopération entre l’Etat fédéral et les Länder, Thomas de Maizière, ministre CDU de l’Intérieur, a plaidé pour de nouvelles structures sécuritaires en faveur de l’Etat central. Plusieurs Etats régionaux s’insurgent contre l’idée de réduire leurs compétences.

Quatre propositions

Dans une tribune parue mardi dans la "Frankfurter Allgemeine", le ministre fédéral n’a pas mâché ses mots. Ses propositions touchent à quatre domaines sensibles. D’abord, il veut carrément dissoudre les renseignements intérieurs des Länder au profit des renseignements intérieurs de l’Etat fédéral, l’Office de protection de la constitution de Cologne. Ensuite, il veut élargir les compétences du Bundeskriminalamt, la police criminelle fédérale, pour qu’elle puisse notamment prendre l’initiative de mettre en détention les criminels, qui n’ont pas obtenu le droit d’asile, pour les renvoyer dans leur pays. Troisièmement, le ministre veut aussi élargir le rayon d’action de la police fédérale, qui contrôle les frontières, les gares et aéroports, au détriment de la police régionale : les policiers fédéraux, qui actuellement peuvent uniquement contrôler une zone de 30 kilomètres derrière les frontières, devraient pouvoir le faire sur tout le territoire allemand. Enfin, le ministre veut riposter aux cyberattaques étrangères par des "contre-attaques actives".

L’Allemagne, a-t-il martelé, doit jouer un "rôle [de] leader", mais "pour cela il faut d’abord que l’ordre règne chez nous".

Les observateurs se demandent si le ministre veut vraiment remettre en cause des structures ayant fait leurs preuves pendant plus de 60 ans. Ou prépare-t-il la campagne électorale à neuf mois des élections, sachant que la peur du terrorisme profite au camp conservateur de la CDU-CSU ?

Il faut aussi considérer qu’à ses assises annuelles de ce mercredi, la CSU bavaroise présentera ses propres exigences sécuritaires.

Plusieurs gouvernements régionaux, qu’ils soient de gauche ou de droite, ont immédiatement rejeté en bloc les propositions berlinoises. Ainsi, le ministre de l’intérieur CDU de la Hesse, Peter Beuth, trouve "insensés" ces "raccourcis mentaux". Ulla Jepke, députée de la gauche radicale Die Linke, accuse même le ministre d’oublier les leçons du nazisme (sous-entendu : il veut recréer la Gestapo).

Le SPD reste prudent

En revanche, le partenaire de coalition social-démocrate, qui, depuis l’attentat de Berlin, n’est plus crédité que de 20 pour cent dans les sondages, réagit prudemment. Le chef du SPD Sigmar Gabriel, qui voudra probablement se faire proclamer candidat social-démocrate au poste de chancelier fin janvier, veut composer : d’une part, dit-il, une grande restructuration des administrations sécuritaires durerait des années, d’autre part, il partage l’idée de la droite de multiplier les vidéo-caméras, d’incarcérer les criminels étrangers devant être extradés et d’introduire des bracelets électroniques.