Argentine Human Rights Watch défend Cristina Fernandez, accusée de "trahison" par la justice.

Ce n’est pas tous les jours qu’une organisation internationale de défense des droits de l’homme prend la défense d’un ex-chef d’Etat. C’est pourtant ce qu’a fait l’ONG américaine Human Rights Watch (HRW), mardi, en qualifiant dans un communiqué de "tirée par les cheveux" l’accusation de "trahison" présentée par la justice argentine contre l’ex-présidente péroniste (gauche) Cristina Fernandez de Kirchner (2007-2015).

Alors que Mme Kirchner fait l’objet de poursuites judiciaires dans quatre affaires de corruption (sur lesquelles HRW ne se prononce pas) depuis que la présidence de la République est passée à la droite, l’ex-chef d’Etat a été accusée, le 6 décembre dernier, de "trahison" par le juge Claudio Bonadio.

En cause : le "pacte de Téhéran", un accord signé avec l’Iran, sous la présidence de Mme Kirchner, pour que de hauts fonctionnaires iraniens, accusés d’avoir commandité l’attentat de 1994 contre la mutuelle juive Amia, à Buenos Aires, soient entendus par des magistrats argentins à Téhéran puisque l’Iran refusait qu’ils le soient à Buenos Aires. Cet attentat avait fait 85 morts et 300 blessés; personne n’a encore été condamné pour ce crime.

Le juge Bonadio a demandé la levée de l’immunité parlementaire de Mme Kirchner, élue sénatrice pour la province de Buenos Aires lors d’élections partielles en octobre dernier.

Aucune preuve

Or, selon HRW, les 491 pages de l’acte d’accusation du juge Bonadio contre Mme Kirchner, son ex-ministre des Affaires étrangères Hector Timerman (mis aux arrêts domiciliaires alors que, atteint d’un cancer, il a besoin de soins constants) et dix autres personnes, "ne présentent aucune preuve pour donner de la substance à ces accusations". Cette "inculpation tirée par les cheveux ternit plus encore la crédibilité de la justice argentine dans les enquêtes sur l’attaque contre l’Amia".

La semaine dernière, Mme Kirchner et M. Timerman ont porté plainte contre le juge Bonadio devant le Conseil de la Magistrature (devant lequel il est déjà le second juge le plus dénoncé pour irrégularités) pour avoir "omis" des éléments à décharge, "manipulé" les faits et utilisé le droit à "des objectifs de persécution politique".

Parmi les éléments à décharge omis par le juge Bonadio figure une déclaration de l’ex-secrétaire général d’Interpol (2000-2014), Ronald Noble, selon qui il est faux de dire, comme le fait le juge Bonadio, que les notices rouges d’Interpol contre les Iraniens accusés par la justice argentine ont été levées à la suite d’une demande de Buenos Aires ou qu’elles ont été affectées par le "pacte de Téhéran". "Ce que le juge Bonadio aurait su s’il m’avait contacté", a indiqué M. Noble.

Le juge Bonadio est celui qui poursuit Mme Kirchner pour des délits de corruption, malversations, blanchiment et enrichissement illicite. L’ex-Présidente, qui a le vocabulaire cinglant, l’appelle "le juge pistolero" parce qu’il a tué deux cambrioleurs en Floride, il y a quelques années. M. Bonadio a été sanctionné deux fois pour conduite arbitraire par les deux chambres; il avait entravé les droits de la défense.