Le Sénat belge condamne les prélèvements forcés d’organes en Chine
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Publié le 12-06-2020 à 12h49 - Mis à jour le 12-06-2020 à 21h51
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Les sénateurs demandent une enquête des Nations unies sur le trafic et la transplantation d’organes.
Au Sénat, ce vendredi, l’on ne votait pas que sur la proposition de résolution visant à la reconnaissance de l’État palestinien par la Belgique (renvoyée en commission) et sur les candidats à la fonction de juge francophone à la Cour constitutionnelle. Les sénateurs y ont aussi condamné "la pratique continue du prélèvement forcé d’organes en République populaire de Chine sur des prisonniers d’opinion, en particulier sur des pratiquants du Falun Gong et des Ouïghours". La résolution initiée par le MR a reçu le soutien de tous les groupes politiques, à l’exception de la N-VA qui s'y est opposée et du PTB qui s'est abstenu.
Ils demandent au gouvernement belge "d’insister auprès de la Chine" pour qu’elle permette aux responsables onusiens compétents de venir enquêter sur place "en vue de faire toute la transparence sur le trafic et la transplantation d’organes". Ils attendent aussi, entre autres, qu’il encourage l’Union européenne "à demander que les personnes impliquées dans ce crime soient poursuivies et demander qu’il y soit mis fin immédiatement".
Des prélèvements sur des prisonniers
Pékin avait légalisé en 1984 la pratique du prélèvement d’organes sur des prisonniers exécutés, à condition qu’eux ou leurs proches aient préalablement donné leur consentement. Il a ensuite, en 2007, rendu illégal le trafic d’organes et mis, en 2015, officiellement fin aux prélèvements sur des prisonniers exécutés. "Grâce à cette réforme, des avancées positives ont eu lieu et, aujourd’hui, le système de transplantation est officiellement basé sur des dons d’organes", lit-on dans les développements de la résolution belge. Mais "des interrogations subsistent".
Le China Tribunal, cour indépendante présidée par sir Geoffrey Nice, ex-procureur au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, s’est penché sur les prélèvements forcés effectués sur des prisonniers d’opinion dans le pays du Milieu. Il relève dans son jugement du 1er mars que "le prélèvement forcé d’organes est pratiqué depuis des années dans toute la Chine sur une grande échelle" et que "les pratiquants du Falun Gong ont été l’une - et probablement la principale - source d’approvisionnement en organes". Il dit aussi, à propos de la minorité musulmane ouïghoure soumise à une répression totalitaire, disposer "de preuves d’analyses médicales à une échelle qui pourrait leur permettre, entre autres utilisations, de devenir une ‘banque d’organes’". "Que des crimes contre l’humanité ont été commis à l’encontre des pratiquants du Falun Gong et les Ouïghours a été prouvé au-delà de tout doute raisonnable."
Ce sont ces informations du China Tribunal qui ont motivé Gaëtan Van Goidsenhoven (MR) à vouloir braquer les projecteurs sur cette "atteinte aux droits de l’homme d’une dureté radicale". "Il y a tellement de propositions de résolutions qui n’ont pas le même degré d’importance et d’urgence qu’il fallait réagir sur cette violation choquante des droits de l’homme." Le sénateur libéral a été rapidement rejoint par la majorité des groupes politiques de la haute assemblée. "Je veux éviter que pareil phénomène soit passé sous silence. Il ne s’agit pas une posture antichinoise", insiste-t-il. Mais le fait est que "cette situation choquante ne peut pas laisser insensible. Ce n’est pas banal et cela ne doit surtout pas disparaître des radars de la vigilance citoyenne. La capacité qu’on a de s’indigner est une nécessité. Ce mécanisme épouvantable doit cesser."
"On ne peut pas rester sans rien dire"
Le député Samuel Cogolati (Ecolo-Groen), qui s’intéresse de près à la question ouïghoure depuis qu’une famille a été livrée à la police chinoise par l’ambassade de Belgique à Pékin, a interpellé le ministre des Affaires étrangères - Didier Reynders puis Philippe Goffin (MR) - à de nombreuses reprises déjà. "On attend des actes clairs et concrets de la part de notre gouvernement fédéral. On ne peut pas rester sans rien dire, les bras croisés face à la répression des minorités", estime l’ancien chercheur en droit international et droits de l’homme à la KULeuven. Des centaines de milliers d'Ouïghours ont en effet été envoyés en camps de rééducation. "Il est important d’en parler haut et fort, de remettre le respect des droits humains les plus basiques - ici on parle du droit à la vie - sur la table de nos relations bilatérales, commerciales et économiques. Cela doit vraiment devenir la condition sine qua non de nos relations avec la Chine."
À la question de savoir ce que compte faire le gouvernement belge, Philippe Goffin, "préoccupé", a affirmé précédemment à la Chambre que la Belgique n’hésitait pas à exprimer ses préoccupations aux autorités chinoises, que ce soit dans le cadre des rencontres bilatérales, des relations Union européenne - Chine ou dans les enceintes de l’Onu. "Je peux vous assurer que le prélèvement d’organes en Chine, ainsi que la situation des droits humains des Ouïghours au Xinjiang en général, sont des problématiques que nous continuerons à suivre de près."
M. Van Goidsenhoven, "lucide", sait "que la Belgique seule ne va pas régler tous les problèmes du monde" mais, ajoute-t-il, "on a notre pierre à apporter, avec modestie". Et c'est le sens de sa démarche.