La grande ville de Hérat tombe: par le feu ou la négociation, les talibans poursuivent leur foudroyante avancée en Afghanistan

Onze capitales provinciales sont désormais aux mains des talibans. Kaboul lance une reconquête du Nord avec le chef de guerre Dostum. À Bruxelles, l’ambassadeur demande un soutien aérien urgent aux alliés.

Des combattants talibans mercredi dans les rues de Ghazni, tombée le jour même.
© AP

Onze capitales provinciales sur 34, dont celles de Ghazni et de Hérat mercredi, sont tombées. En Afghanistan, les talibans continuent leur progression foudroyante en encerclant progressivement la capitale Kaboul et ses quatre millions d’habitants.

Les insurgés rencontrent peu de résistance et, quand il y en a, soit ils livrent bataille, soit ils négocient la reddition des soldats en leur promettant la vie sauve et de l’argent. C’est comme cela que des centaines de soldats ont rendu les armes à Kunduz alors qu’ils s’étaient réfugiés dans une base toute proche, près de l’aéroport, complètement cernés.

À Hérat, la grande ville proche de l’Iran, troisième ville du pays, les soldats ont fui, abandonnant leur matériel et véhicules aux talibans. Les talibans ont hissé leur drapeau au-dessus du siège de la police de Hérat en fin de journée, a rapporté un correspondant de l'AFP, précisant que les rebelles n'avaient rencontré aucune résistance. Zabihullah Mujahid, un porte-parole des talibans, a indiqué sur Twitter que

"l'ennemi a fui... Des dizaines de véhicules militaires, armes et munitions sont tombés dans les mains

" des talibans.

Est-ce à dire que la chute de Kaboul est proche ? Difficile à dire. Le gouvernement assure qu’il fait un repli stratégique pour épargner la vie des civils, ne pas éparpiller ses forces et les regrouper avant de lancer une contre-offensive..

Mercredi, le président Ghani est allé en avion à Mazar-i-Sharif pour rencontrer le chef de guerre Abdul Rachid Dostum et lui apporter son soutien, symbolique. Dostum a promis de mener l’offensive pour reprendre le nord du pays. “

Ce sera une guerre de deux types

”, aurait dit lors de sa visite le président Ghani, selon le chef du Conseil provincial de la région. “

Une guerre de guérilla et une guerre pour reconquérir le territoire

”.

Un appel au soutien aérien des alliés

Parallèlement, comme l'indique l'ambassadeur d'Afghanistan dans l'interview qu'il a accordée jeudi à La Libre, Kaboul demande urgemment "à tous ses partenaires internationaux" un appui aérien alors même que les derniers soldats de la force internationale sous la direction des États-Unis doivent avoir quitté le territoire le 31 août prochain.

Contrairement aux talibans, l’armée nationale afghane (ANA) dispose de moyens aériens, dont des hélicoptères et des avions légers d’attaque. Mais cet avantage s’est réduit. En juillet, un parlementaire afghan, Haji Ajmal Rahmani estimait qu’un tiers de la flotte afghane était cloué au sol, par manque de pièces de rechange, de bombes de précision américaines et à cause de la vétusté de certains appareils. Les talibans ont aussi procédé à l’assassinat de plus d’une dizaine de pilotes.

Contrarié, le président Joe Biden a enjoint les Afghans

“à avoir la volonté de se battre

”,

“pour eux-mêmes, pour leur nation

” et n’entend pas, selon les médias américains, revenir sur sa décision de sortir les États-Unis d’une guerre longue de vingt ans. Rester un peu plus longtemps est selon lui la meilleure “

recette pour y rester éternellement

”.

Dans les zones talibanes

Les nouvelles qui parviennent des zones où les talibans ont pris le pouvoir sont confuses. Dans certaines localités, les femmes peuvent encore circuler librement, sous la burqa. Dans d’autres, les insurgés ont déjà commencé à appliquer leur interprétation fondamentaliste de la charia, dont l’interdiction d’écouter de la musique populaire.

Selon des sources de sécurité afghanes, 302 écoles, 41 centres de santé et 50 mosquées et 1 800 magasins auraient été détruits lors de l’offensive des talibans – des chiffres impossibles à vérifier.

Les talibans refusent toute négociation tant que le président Ghani ne démissionne pas de son poste – ce qu’il se refuse à faire, prévoyant au contraire d’accroître les contacts diplomatiques dans les semaines qui viennent.

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