Conflit en Afghanistan: Boris Johnson appelle les Occidentaux à l'unité face aux talibans

Pressé d'agir face à l'arrivée des talibans à Kaboul, le Premier ministre britannique Boris Johnson a assuré dimanche que sa "priorité" était l'évacuation des ressortissants britanniques en Afghanistan, appelant les Occidentaux à adopter un front uni avant toute action.

Conflit en Afghanistan: Boris Johnson appelle les Occidentaux à l'unité face aux talibans
©Reporters / Goff
AFP

Le chef du gouvernement conservateur a réuni dimanche après-midi une réunion interministérielle de crise, dite "COBR", la deuxième en trois jours sur le sujet.

La "priorité" de Londres, a-t-il expliqué après la rencontre, est de "remplir ses obligations vis-à-vis des ressortissants britanniques en Afghanistan et de tous ceux qui ont contribué aux efforts britanniques en Afghanistan depuis 20 ans".

"La situation reste très difficile et clairement, il y aura très prochainement un nouveau gouvernement à Kaboul", a-t-il constaté, sur les télévisions britanniques. "Ce que le Royaume-Uni va faire, c'est de travailler avec nos partenaires au Conseil de Sécurité de l'Onu pour faire passer le message que nous voulons que personne ne reconnaisse les talibans de manière unilatérale. Nous voulons une position commune (...) afin de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter que l'Afghanistan ne redevienne un terreau pour le terrorisme".

Il a répété le même message à l'occasion d'une conversation téléphonique avec les secrétaires généraux de l'Otan Jens Stoltenberg et de l'Onu Antonio Guterres, où il a "souligné le besoin d'un effort coordonné et concerté de la communauté internationale dans les mois à venir face à la menace extrémiste et l'urgence humanitaire", selon son porte-parole.

A l'issue d'une première réunion de crise vendredi, Boris Johnson avait exclu en l'état une intervention militaire, expliquant que Londres comptait "faire pression" par la voie diplomatique.

Fractures transatlantiques

La progression des talibans a conduit Londres à annoncer jeudi soir l'envoi dans les jours qui viennent d'environ 600 militaires pour évacuer les ressortissants britanniques du pays.

Alors que le Sunday Times affirmait que le Royaume-Uni préparait l'évacuation de son ambassadeur Laurie Bristow et ne comptait pas maintenir de présence diplomatique, le ministère des Affaires étrangères a précisé que le haut diplomate "reste à Kaboul" en l'état avec un personnel réduit.

Face à la dégradation de la situation et aux critiques croissantes sur sa gestion de la crise, Boris Johnson a décidé de convoquer le Parlement, actuellement suspendu pour les vacances d'été, mercredi matin.

"Le gouvernement reste silencieux alors que l'Afghanistan s'effondre, ce qui va clairement avoir des conséquences pour nous au Royaume-Uni", avait dénoncé le chef de l'opposition, le travailliste Keir Starmer.

Au sein même de la majorité, le président de la commission parlementaire à la Défense Tobias Ellwood a appelé le Premier ministre à "réfléchir à deux fois": "Nous pouvons renverser la situation mais cela demande du courage (...). Ce n'est pas parce que les Américains ne le font pas que nous devons rester liés à ce jugement, surtout quand ils ont tort".

"Nous devons éviter cela, sinon l'histoire nous jugera très durement", a-t-il ajouté sur Times Radio, tandis que sur la BBC le président de la Commission aux Affaires étrangères, Tom Tugendhat critiquait le gouvernement face au "pire désastre de politique étrangère depuis Suez" en 1956.

La décision des Etats-Unis de se retirer d'Afghanistan, après 20 ans d'intervention, a entraîné les autres pays de l'Otan, dont le Royaume-Uni, à suivre. Mais, événement rare dans les relations transatlantiques, Londres s'est montré ces derniers jours ouvertement critique concernant son allié américain.

Le ministre britannique de la Défense Ben Wallace a estimé vendredi que la décision de retirer les troupes n'intervenait pas au "bon moment", "car Al-Qaïda reviendra probablement".

Le ministre britannique a en particulier critiqué l'accord de retrait initial signé à Doha en février 2020 entre l'ex-président américain Donald Trump et les talibans, estimant qu'il s'agissait d'une "erreur, dont nous allons probablement tous payer les conséquences".

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