"Il va falloir parler avec les talibans d'une manière ou d'une autre"

Ce mercredi 18 août, Maxime Binet recevait Nicolas Gosset, chercheur à l'Institut royal supérieur de défense, dans Il faut qu'on parle.

Quel avenir pour l'Afghanistan? Le pays est désormais contrôlé par les talibans. Quel avenir pour les femmes et pour les libertés des Afghans? A quoi va ressembler ce pays? Beaucoup qualifient la situation d’échec après 20 ans de guerre et pointent du doigt les États-Unis et plus largement la communauté internationale. Nicolas Gosset et Maxime Binet ont tenté de décrypter la situation sur place.

Que fuient les Afghans? "Ce sont des images profondément tristes. C'est la précipitation générale qui est liée à la peur du renouveau d'un régime taliban, un état totalitaire. Un état fondamentaliste basé sur une interprétation non seulement très rigoriste, mais très dure, très rigide de la loi islamique dans le sens où elle est compulsée par les talibans. Donc extrêmement restrictive voire moyenâgeuse."

Les responsables des talibans qui ont pris Kaboul disent qu'il y aura des différences avec le précédent régime, notamment concernant le droit des femmes. Ces dernières pourront aller à l'école, pourront également travailler et devront porter le voile islamique, mais pas la burqa. "Effectivement. On a eu hier cette conférence de presse d'un porte-parole des talibans. On a vu son visage pour la première fois, on a vu qu'il était très distingué dans les mots recherchés, qui visiblement visent à aplanir les angles, à rassurer la population de Kaboul qui est terrorisée et à donner des gages à la communauté internationale."

Ces déclarations sont-elles réellement des promesses ou s'agit-il d'endormir la communauté internationale et la population sur place ? "Il faut se garder de jugement définitif, il faut être prudent. Il faut considérer sérieusement la possibilité que les talibans ont évolué dans leur leadership et entendent incarner et mettre en place leur régime d'une manière différente de ce qu'elle était précédemment, mais l'essence va rester."

Que doit faire la communauté internationale, que doit faire l'Europe? Dialoguer? Reconnaitre le futur état? "Reconnaitre cet Etat, c'est hors de propos pour le moment. On ne peut pas reconnaitre un état qui est d'abord l'émanation d'un groupe terroriste, qui était combattu pendant deux décennies. On est dans une période d'attentisme: les chancelleries et les capitales observent. Ça va dépendre du comportement des talibans dans les semaines, dans les mois qui viennent. Comment ils vont implémenter leur gouvernement et comment ils vont le composer. "

Que peut faire la Belgique? "Il faut espérer que face à cette crise majeure, l'Europe va être capable de porter une voix unie car il va falloir parler avec les talibans. L'Union européenne ne peut pas se permettre d'être complètement exclue de la scène afghane. Il va falloir d'une manière ou d'une autre, avec des lignes de limites très serrées, parler au minimum avec les talibans."

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