Afghanistan : des négociations politiques sur fond de contestation

Les protestations contre la prise de contrôle des talibans en Afghanistan se sont étendues à davantage de villes, dont la capitale Kaboul, tandis que le groupe militant a appelé les imams du pays à exhorter à l’unité lors de la prière du vendredi, la première depuis qu’ils ont pris le contrôle.

Afghanistan : des négociations politiques sur fond de contestation
©AFP
D’après Reuters et AF

Plusieurs personnes ont été tuées lorsque les militants ont tiré sur une foule à Asadabad, dans la province orientale de Kunar, a déclaré un témoin cité par Reuters. Mais il est difficile de dire si ces décès résultaient des tirs des talibans ou d’une bousculade. À Kaboul, douze personnes ont été tuées dans et autour de l’aéroport au milieu de scènes chaotiques, ont déclaré un responsable de l’Otan et des talibans. Les décès ont été causés soit par des coups de feu, soit par des bousculades, selon le responsable taliban.

Rencontre en vue d’une transition politique

Sur le plan politique, les talibans - dont le cofondateur et numéro deux, le mollah Abdul Ghani Baradar, est rentré mardi en Afghanistan - ont mené des consultations politiques dès mercredi à Kaboul avec d’éminentes personnalités afghanes. Ils ont diffusé des images montrant l’ancien président afghan Hamid Karzai avec Anas Haqqani. Celui-ci participait aux négociations avec le gouvernement afghan à Doha, qui n’ont jamais débouché sur une issue quelconque. Il est surtout le frère cadet de Sirajuddin Haqqani, le chef du réseau éponyme, qualifié de terroriste par Washington, qui a aussi le statut de numéro deux au sein des talibans.

Ces derniers ont également rencontré l'ancien vice-président Abdullah Abdullah, selon le groupe de surveillance des sites islamistes Site.

Ces négociations ont été bien accueillies par l'ex-président Ashraf Ghani, qui s'est enfui dimanche pour les Émirats arabes unis. "Je souhaite le succès de ce processus", a-t-il déclaré dans un message vidéo posté sur Facebook, affirmant être "en pourparlers pour retourner en Afghanistan". Mais les États-Unis ont estimé que M. Ghani, qui avait succédé en 2014 à Hamid Karzai, n'est "plus une personne qui compte en Afghanistan".

Un "gouvernement représentatif"

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a dit jeudi espérer que ces négociations puissent déboucher sur un "gouvernement représentatif" en Afghanistan.

Il a aussi souligné que les talibans ne contrôlaient pas l’intégralité du territoire afghan, une résistance tentant de s’organiser dans la vallée du Panchir, avec l’ancien vice-président Amrullah Saleh et Ahmad Massoud, le fils du commandant Ahmed Shah Massoud, assassiné en 2001 par Al Qaïda.

Ce dernier a d'ailleurs appelé Washington à le soutenir en lui fournissant armes et munitions, dans une tribune publiée mercredi par le quotidien Washington Post.

Certains analystes s’inquiètent que ce qui se passe en Afghanistan n’inspire les djihadistes du monde entier. Le groupe Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) a ainsi félicité les talibans et s’est engagé à poursuivre le djihad.

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