En conférence de presse, une journaliste afghane supplie le chef de l'OTAN de ne pas reconnaître les talibans : "Ne nous ramenez pas 20 ans en arrière"

Lailuma Sadid est exilée en Belgique depuis des années, et se bat pour le droit des femmes dans son pays. Face au secrétaire général de l'OTAN, elle n'a pu contenir ses larmes.

Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, donnait une conférence de presse sur la crise afghane ce mercredi. Retransmise en visio-conférence, la journaliste afghane Lailuma Sadid, établie à Bruxelles, y a participé, et a marqué la réunion par une intervention lors de laquelle elle n'a pas su contenir son émotion. La séquence partagée par le Washington Post a fait le tour des réseaux sociaux.

"En tant que femme afghane, la situation est très difficile. Des milliers de femmes sont incertaines quant à leur avenir. Depuis vingt ans, l'OTAN et la communauté internationale sont en Afghanistan, mais que signifiait cette présence ? Maintenant nous revenons 20 ans en arrière", a-t-elle déploré auprès de Stoltenberg.

Lailuma Sadid, en exil en Belgique depuis plus de 10 ans, a ensuite exhorté l'OTAN de ne pas reconnaître le régime taliban : "Je vous demande, en tant que femme, de ne pas reconnaître l'émirat islamique des talibans sans conditions. S'il vous plaît. Ne nous remettez pas dans la même situation qu'il y a 20 ans", a-t-elle supplié en larmes.

En réponse, Jens Stoltenberg a déclaré que c'était une "décision très difficile à prendre". "Je partage votre douleur, je comprends vos frustrations et votre colère, mais nous n'avions pas pour objectif de rester pour toujours en Afghanistan. Le plan était de construire un propre gouvernement afghan avec forces armées, qui prendrait ses responsabilités pour le futur. Tragiquement, nous venons de voir que le leadership afghan a échoué"

Lailuma Sadid, travaille aujourd'hui pour le Brussels Morning Newspaper, un webmédia d'actualités européennes et internationales. Alors qu'elle vivait encore en Afghanistan, elle a été flagellée à deux reprises par les talibans pour avoir participé à l'éducation des jeunes filles. Elle a également été la première journaliste afghane à refuser de porter publiquement le voile. Elle et sa famille ont reçu des menaces de mort pour cette raison, raconte la chaîne Bx1 à l'occasion d'un reportage. En 2009, elle a commencé à travailler pour les affaires étrangères et est devenue diplomate en Belgique.


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