Les évacuations parmi "les plus difficiles de l'histoire" se poursuivent à Kaboul

Les opérations d'évacuation de Kaboul, parmi "les plus difficiles de l'histoire" selon Joe Biden, se poursuivent dans des conditions chaotiques pour aider Afghans et étrangers à fuir un pays tombé aux mains des talibans.

Les évacuations parmi "les plus difficiles de l'histoire" se poursuivent à Kaboul
© AFP

Quelque 6.000 militaires américains lourdement armés ont le contrôle de l'aéroport de Kaboul, tandis que leurs ennemis jurés talibans patrouillent les rues alentours, empêchant beaucoup d'Afghans de parvenir à l'aéroport congestionné.

Accès difficile à l'aéroport de Kaboul

Les Etats-Unis, qui prévoient d'évacuer plus de 30.000 Américains et civils afghans via leurs bases au Koweït et au Qatar, affirment avoir déjà fait sortir plus de 13.000 personnes depuis le 14 août.

Mais le président américain a affirmé qu'il ne pouvait pas garantir "l'issue finale" de cette opération d'évacuation, l'une des "plus difficiles de l'histoire" au terme d'une guerre longue de vingt ans en Afghanistan.

Malgré des jours d'échec, des milliers de familles se massaient encore samedi devant l'aérodrome, espérant monter dans un avion. Devant elles, des militaires américains et une brigade des forces spéciales afghanes se tenaient aux aguets pour les dissuader d'envahir les lieux.

L'ambassade des Etats-Unis en Afghanistan a appelé samedi les ressortissants américains à éviter de se déplacer vers l'aéroport de Kaboul à cause de "potentielles menaces de sécurité à l'extérieur des portes de l'aéroport de Kaboul".

"Les gens s'évanouissent et les enfants pleurent. Les coups de feu occasionnels effraient également les enfants. Il y a un chaos total alors que des foules de personnes attendent pour embarquer sur des vols qui peuvent les emporter", a déclaré un responsable de la sécurité étranger impliqué dans l'évacuation de l'aéroport.

Secourus en hélicoptères

L'armée américaine a déployé trois hélicoptères pour évacuer 169 Américains depuis un hôtel non loin de l'aéroport, a indiqué vendredi le Pentagone.

C'est la première fois que l'armée américaine est prête et en mesure de quitter l'enceinte sécurisée de l'aéroport pour venir en aide à des personnes souhaitant quitter le pays.

Le groupe prévoyait de se rendre à pied jusqu'à l'aéroport mais une foule rendait leur passage incertain.

Goulot d'étranglement au Qatar

Le va-et-vient d'avions militaires américains a été interrompu vendredi pendant près de sept heures car la base où ils atterrissaient au Qatar était saturée. Les avions avaient évacué auparavant quelque 6.000 personnes, dont quelque 200 américains, en 24 heures.

Des évacués au Qatar ont raconté avoir dormi par terre dans des hangars d'avion pendant plusieurs jours dans une chaleur étouffante.

Les Etats-Unis ont arrangé le transfert de nombreux évacués vers leur base militaire de Ramstein en Allemagne, et les évacuations ont repris de Kaboul vendredi soir.

Les Etats-Unis, qui recherchent d'autres destinations initiales pour ces vols, ont obtenu le feu vert de Berlin pour que certains évacués soient dirigés vers l'Allemagne, où les Etats-Unis disposent de nombreuses bases militaires.

Quelque 1.150 personnes ont atterri samedi sur la base de Ramstein, d'où elles devraient d'ici "quelques jours" repartir pour les Etats-Unis, selon une porte-parole de la base de l'armée américaine.

Un bébé secouru par un militaire américain

Une vidéo publiée jeudi sur Twitter, montrant un bébé tendu par un homme dans une foule vers un militaire américain qui le hisse au-dessus d'un mur surmonté de fils barbelés, est devenue virale.

"Un parent a demandé aux Marines de prendre soin du bébé car le bébé était malade", a expliqué le porte-parole du Pentagone.

"Alors le Marine que vous voyez tendre le bras au-dessus du mur l'a amené dans un hôpital norvégien qui se trouve à l'aéroport. Ils ont soigné l'enfant et l'ont rendu à son père", a-t-il raconté.

L'armée américaine a publié vendredi un florilège de photographies montrant ses militaires prenant soin de bébés et de jeunes enfants afghans à l'aéroport de Kaboul.

Lourdement équipé, portant son casque, un GI sourit à un bébé qu'il serre dans les bras. Sur une autre, deux femmes militaires portent des bébés dans les bras.

- Une évacuation périlleuse -

L'évacuation des civils fuyant Kaboul se fait "avec des engins de transport tactique uniquement car ils ont besoin d'un certain niveau de protection", explique le colonel de l'armée de l'Air et de l'Espace français Yannick Desbois, qui commande la base aérienne 104 aux Emirats où transitent les personnes évacuées par la France.

"Les talibans sont présents en ville, sur la partie civile de l'aéroport, donc à proximité des pistes. Ils n'ont pas démontré pour l'instant d'hostilité avérée, néanmoins (...) ils possèdent un certain nombre d'armements qui pourraient constituer des menaces pour nos avions", relève-t-il.

"Au delà de l'aspect sécuritaire, de la volatilité de la situation à Kaboul, il y a un aspect technique pour poser des avions de transport tactique à Kaboul qui est quand même un aéroport très particulier, en altitude, très encaissé, avec beaucoup de chaleur", explique-t-il.

"A l'heure actuelle on ne peut stationner plus de quelques avions sur place" et "il n'y a pas la possibilité de remettre du carburant", ce qui ajoute encore à la complexité de l'opération, ajoute-t-il.

- Les pays européens mobilisés -

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a exhorté samedi tous les pays, en premier lieu les pays européens, à accueillir une partie des réfugiés afghans exfiltrés de Kaboul et a assuré les Etats membres de l'UE qui le feront du soutien financier de l'Europe.

Un millier d'Afghans ont été évacués vers l'Italie ces cinq derniers jours, ou sont en voie de l'être, en attente à l'aéroport, a précisé samedi le ministre de la Défense. Depuis juin, l'Italie a évacué environ 1.500 Afghans, selon le ministère de la Défense

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