L'ONU critiquée pour sa tiédeur envers les talibans

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU est resté mardi prudent sur l'Afghanistan, s'attirant des critiques.

L'ONU critiquée pour sa tiédeur envers les talibans
©AFP
AFP

Il n'a pas lancé d'investigations comme demandé par la Haute commissaire. Cette dernière a averti les talibans de la "ligne rouge" sur les femmes afghanes. De l'ambassadeur afghan à l'ONU à Genève aux experts indépendants de l'ONU en passant par des ONG, dont Human Rights Watch (HRW), les appels à un mécanisme d'investigation sur les violations des droits humains en Afghanistan étaient nombreux. Beaucoup s'étaient dits déçus par avance par le projet de résolution qui ne mentionne même pas les talibans.

Dans son discours devant la 31e session spéciale de l'instance onusienne, la Haute commissaire Michelle Bachelet avait elle aussi demandé dans la matinée une investigation internationale. Mais en réponse, les 47 membres se contentent de mandater la Chilienne pour un rapport dans un peu plus de six mois.

Ils ont reconnu par consensus le "besoin" d'investigations "rapides" face à toutes les accusations de violations des droits humains et du droit international humanitaire (DIH) par "les parties au conflit". Mais ils refusent pour le moment de les porter malgré les demandes des Etats européens.

Ambassadeur pour une solution militaire l'Afghanistan a la responsabilité "première" de garantir des investigations "crédibles" et "indépendantes", a fait remarquer la Suisse, qui ne fait actuellement pas partie de l'instance onusienne. Berne appelle les Etats concernés à collaborer avec la Cour pénale internationale (CPI).

Ces dernières semaines, l'avancée rapide des talibans s'est accompagnée d'accusations d'exécutions sommaires, de viols et d'autres violations des droits humains. L'ONU a reçu des "indications crédibles", a affirmé devant le Conseil Mme Bachelet.

L'Organisation mondiale contre la torture (OMCT), établie à Genève, a relayé mardi des messages d'employés d'ONG partenaires qui n'ont pu atteindre l'aéroport de Kaboul, battus par les nouveaux gouvernants, sans argent ou nourriture, ou qui redoutent des mariages forcés. Elle demande des visas d'urgence pour ces Afghans.

Alors que "des millions de personnes" sont en danger, "il pourrait y avoir une solution militaire, même de courte durée", a dit de son côté celui qui est toujours l'ambassadeur afghan à l'ONU à Genève, Nasir Andisha, opposé aux talibans. Il a appelé les autres pays à accueillir les Afghans qui réussissent à fuir.

Intervenant pour tous ses collègues, l'une des dizaines d'experts indépendants de l'ONU, qui ne s'expriment pas au nom de l'organisation, a mentionné de possibles "crimes contre l'humanité" et "crimes de guerre" ces dernières semaines. De début janvier à fin juin, le nombre de victimes civiles a progressé de 50%. Il ne fait aucun doute qu'il a augmenté depuis début juillet, a aussi dit Mme Bachelet.

Millions de déplacés Avec l'arrivée des talibans, "il y a d'importantes craintes" pour les femmes, les travailleurs des médias, les membres des minorités et les représentants de la société civile. La Chilienne a relevé que les nouveaux gouvernants avaient fait des promesses sur les droits humains. "A charge pour les talibans de convertir leurs engagements dans la réalité", dit-elle.

Outre les garanties sur les libertés, elle fait de la situation des femmes afghanes "une ligne rouge" pour la communauté internationale. Celles-ci constituaient plus d'un quart des parlementaires et 20% des fonctionnaires. Elles doivent continuer à siéger au gouvernement, de même que des représentants des minorités, ajoute la Haute commissaire. Les talibans ont répondu que les femmes pourraient retravailler quand la sécurité sera à nouveau garantie.

Mme Bachelet les a également appelés à rendre possible l'accès à l'assistance humanitaire. En un an, le nombre de personnes qui ont besoin d'aide a doublé à 18 millions. Plus de 3,5 millions sont déplacées. La situation devrait encore se détériorer.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a pu acheminer 600 tonnes de nourriture et assister des dizaines de milliers de personnes en une semaine, a dit à la presse une responsable de l'agence onusienne. Elle a à nouveau alerté sur la menace de nombreux décès dans les prochains mois si l'assistance humanitaire n'arrive pas.

Tranchant avec la plupart des appels, la Chine s'en est elle prise devant le Conseil aux Etats-Unis. Elle souhaite que leurs militaires, de même que ceux d'autres pays, soient rendus responsables de leurs violations des droits humains. Son ambassadeur a relevé les engagements des talibans et estimé qu'il fallait rétablir "l'ordre" en Afghanistan.

Sur le même sujet