Le chaos du retrait d'Afghanistan doit pousser l'UE vers l'autonomie stratégique, assure Charles Michel

Le président du Conseil européen Charles Michel s'est fendu jeudi d'une tribune sur la chute de l'Afghanistan aux mains des talibans, relevant le "décalage" entre l'implication de l'Europe dans l'effort international envers ce pays et son "influence réduite" sur les choix stratégiques et le cours des événements.

Le chaos du retrait d'Afghanistan doit pousser l'UE vers l'autonomie stratégique, assure Charles Michel
© AP

"Puissance économique et démocratique globale, (l'Europe) peut-elle se satisfaire d'une situation où elle n'est pas en mesure d'assurer seule la sécurité et l'évacuation de ses diplomates, de ses ressortissants, de celles et ceux qui seront menacés parce qu'ils les ont assistés", interroge le dirigeant européen.

"Quel autre événement géopolitique majeur doit-on attendre pour amener l'Europe à viser davantage son autonomie de décision et sa capacité d'action?", demande-t-il.

Soulignant la solidarité européenne qui a consisté à emboîter le pas aux États-Unis il y a vingt ans en Afghanistan, l'ancien Premier ministre belge déplore le "bilan tragique" du double objectif qui consistait à éradiquer la menace terroriste et édifier un État stable et démocratique.

"L'État qu'on a patiemment tenté de construire s'est avéré un château de cartes. Et l'attentat à l'aéroport de Kaboul a montré que l'Afghanistan reste un foyer de choix pour un terrorisme qui n'a par ailleurs pas manqué depuis 20 ans d'implanter d'autres bases, notamment en Afrique."

Il souligne le caractère américain de la conclusion d'un accord politique avec les talibans, puis du principe, des modalités et du timing du désengagement militaire. Des décisions "souveraines et certainement légitimes au regard des intérêts américains", mais "ce choix ainsi que la prise rapide de Kaboul par les talibans ont créé cette situation soudaine et chaotique."

"Les implications de cette nouvelle situation ne sont pas identiques pour les États-Unis et pour l'Europe, raison pour laquelle celle-ci devra rapidement effectuer des choix en lien avec ses intérêts stratégiques."

A court terme, l'Europe "doit être active" dans l'assistance étrangère dont les talibans auront besoin pour la gestion sécurisée de l'aéroport de Kaboul, affirme Charles Michel.

Quant à la relation avec le nouveau régime, ajoute-t-il, elle ne repose pas tant sur la question de savoir si les talibans vont se conformer "immédiatement, entièrement et durablement" aux conditions fondamentales convenues par le G7 (respect des droits humains, en particulier des femmes, des jeunes filles et des minorités ; constitution d'un gouvernement inclusif et reflétant la diversité afghane ; respect par l'Afghanistan de ses obligations internationales, notamment en matière de lutte contre le terrorisme et le trafic de drogues), mais bien "dans quelle mesure et avec quels résultats il sera possible de les y incliner".

Comme moyen de pression, il note que comme le nouveau régime est coupé des réserves monétaires de l'État afghan, il voudra préserver autant que possible les relations économiques extérieures. "L'aide humanitaire, notamment européenne, s'avérera cruciale pour la stabilité interne. La reconnaissance et la coopération avec la communauté internationale sont des objectifs vitaux pour le nouveau régime à Kaboul."

"Cela impliquera de traiter avec les nouveaux maîtres à Kaboul, en fonction de leur degré d'ouverture aux principes" évoqués.

Charles Michel insiste aussi sur la nécessaire coopération avec les pays voisins de l'Afghanistan, notamment pour l'accueil des réfugiés afghans.

Parmi les leçons plus larges à tirer, le président du Conseil souligne le besoin d'unité des États membres de l'UE sur des sujets qui relèvent souvent de la souveraineté nationale. Avec en ligne de mire l'autonomie stratégique, car "peser dans le monde" est nécessaire à l'UE et ses États membres "pour défendre leurs intérêts et leurs valeurs, et pour protéger leurs citoyens".

Pour Charles Michel, "le chaos du retrait d'Afghanistan nous oblige à accélérer les réflexions sans tabou sur la défense européenne, en lien avec les discussions entre partenaires de l'OTAN."