Japon: le Premier ministre Yoshihide Suga va quitter le pouvoir

Le Premier ministre japonais Yoshihide Suga ne se représentera pas à la tête du Parti libéral-démocrate (PLD) lors d'une élection prévue le 29 septembre, et va de fait quitter le pouvoir, a annoncé vendredi le numéro deux du PLD.

Japon: le Premier ministre Yoshihide Suga va quitter le pouvoir
©AFP
AFP

Un an et puis s'en va: malgré sa longue expérience en politique et son pragmatisme, le Premier ministre japonais Yoshihide Suga n'a pas réussi à durer au pouvoir, qu'il va quitter à des niveaux d'impopularité record sur fond de crise sanitaire.

M. Suga, 72 ans, a fait savoir vendredi qu'il ne serait pas candidat à sa propre succession lors de l'élection du président du Parti libéral-démocrate (PLD, droite nationaliste) au pouvoir, prévue le 29 septembre, renonçant de fait à son poste de Premier ministre.

Cette annonce a provoqué la surprise tant M. Suga était donné favori de ce scrutin interne. Mais elle intervient alors que la cote de popularité de son gouvernement, très critiqué pour sa réponse jugée insuffisante à la pandémie, est tombée aux alentours de 30% selon plusieurs sondages.

Ce politicien chevronné avait remporté haut la main la précédente élection interne du PLD en septembre 2020, incarnant l'expérience, le pragmatisme et la continuité politique pour succéder au charismatique Premier ministre de l'époque Shinzo Abe, dont il était un fidèle lieutenant.

Bien vu par l'opinion publique à sa prise de fonction, M. Suga a rapidement vu sa popularité s'étioler face aux vagues à répétition du Covid-19 dans le pays, qui a atteint un pic le mois dernier.

La campagne nationale de vaccination a démarré très lentement au Japon et les restrictions, remises en place par le gouvernement depuis début 2021, s'éternisent malgré une efficacité douteuse.

Maigre bilan

M. Suga a également été critiqué pour sa détermination à organiser coûte que coûte cet été les Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo, auxquels une large majorité de Japonais étaient opposés en raison de la crise sanitaire.

Au bilan forcément maigre de son année de mandat resteront principalement de nouveaux objectifs du Japon plus ambitieux dans la lutte contre le réchauffement climatique, visant désormais la neutralité carbone d'ici 2050, et sa volonté d'accélérer la transformation numérique de l'administration publique nippone.

Il a maintenu la politique de relance économique qui caractérisait son prédécesseur Shinzo Abe (les "Abenomics"), sans bouleverser la politique étrangère du Japon, étroit allié des Etats-Unis se méfiant lui aussi de plus en plus de la Chine.

Avant de se hisser au sommet, M. Suga avait loyalement servi et conseillé Shinzo Abe pendant des années, jouant notamment un rôle déterminant dans le retour de celui-ci au pouvoir fin 2012. Il avait été remercié par M. Abe en devenant l'inamovible secrétaire général de son gouvernement.

Coordinateur de la politique entre les ministères et les nombreuses agences de l'Etat, M. Suga avait alors acquis une réputation d'habile tacticien, parvenant à mettre au pas la complexe et puissante bureaucratie japonaise pour exécuter les politiques clé du gouvernement.

Il était devenu le visage de l'administration Abe, tout en se montrant peu loquace et parfois cassant avec les journalistes posant des questions embarrassantes.

Petits boulots et pancakes

Ses origines rurales détonnent au sein d'un PLD dominé par des héritiers de grandes familles politiciennes.

Fils d'un cultivateur de fraises et d'une enseignante de la région d'Akita (Nord), M. Suga a lui-même financé ses études à Tokyo en enchaînant des petits boulots, dans une usine de cartons ou comme manutentionnaire au grand marché aux poissons de la capitale, selon son site internet officiel.

Après des études de droit, il est rapidement saisi par le virus de la politique. Il travaille comme assistant parlementaire d'un élu de Yokohama, puis devient à 28 ans élu du conseil municipal de cette même métropole voisine de Tokyo. Neuf ans plus tard, en 1996, il décroche un siège de député de Yokohama, qu'il détient toujours.

Cet homme marié et père de trois enfants est toujours resté très discret sur sa vie privée, avec une passion déclarée pour des loisirs ordinaires - pêche et marche à pied notamment - et son abstinence d'alcool.

Soucieux d'adoucir sa réputation de sévérité, il avait aussi déclaré avoir un faible pour certaines sucreries comme les pancakes et exécuter de longues séries quotidiennes d'abdominaux.

Sur le même sujet