Afghanistan: la résistance perd du terrain

Les talibans gagnent du terrain contre un front de résistance dans la vallée du Panchir.

Entraînement des résistants antitalibans, dans la vallée du Panchir, le 2 septembre. Les Talibans auraient pénétré de 25 km dans cette vallée.
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Les talibans ont affirmé dimanche avoir gagné du terrain dans la vallée du Panchir, dernier gros foyer de résistance armée aux nouveaux maîtres de l’Afghanistan.

Depuis le 30 août et le départ des dernières troupes américaines du pays, les forces du mouvement islamiste ont lancé une série d’offensives contre cette vallée enclavée et difficile d’accès, située à 80 km au nord de Kaboul. Bastion antitaliban de longue date, la zone, que le légendaire commandant Ahmed Shah Massoud a contribué à rendre célèbre à la fin des années 1990, avant d’être assassiné par Al-Qaïda en 2001, abrite aujourd’hui le Front national de résistance (FNR).

Conduit par Ahmad Massoud, le fils du combattant assassiné, le FNR comprend des membres de milices locales ainsi que d’anciens membres des forces de sécurité afghanes qui sont arrivés dans la vallée lorsque le reste de l’Afghanistan est tombé.

Progrès des talibans et crise humanitaire

Selon l'ONG italienne Emergency, présente dans le Panchir, les forces talibanes ont atteint vendredi soir Anabah, un village situé à environ 25 km à l'intérieur de la vallée, longue de 115 kilomètres. "De nombreuses personnes se sont enfuies des villages de la zone ces derniers jours", a ajouté dans un communiqué l'ONG, précisant avoir reçu "un petit nombre de blessés au centre chirurgical d'Anabah".

Un responsable taliban a affirmé sur Twitter que plusieurs parties du Panchir étaient désormais sous contrôle des forces du régime.

Si Ali Maisam Nazary, porte-parole du FNR, a assuré sur Facebook que la résistance "n'échouera jamais", l'ancien vice-président Amrullah Saleh, depuis le Panchir, a fait état d'une "crise humanitaire à grande échelle", avec des milliers de déplacés suite "à l'assaut taliban".

Les communications sont très difficiles avec la vallée du Panchir et l’AFP n’était pas en mesure de confirmer de source indépendante ces informations.

Face à cette situation chaotique, le chef d'état-major de l'armée américaine, le général Mark Milley, a estimé que "les conditions d'une guerre civile" étaient "susceptibles d'être réunies" en Afghanistan. "Je pense qu'il y a au moins une très forte probabilité d'une guerre civile" qui pourrait conduire "à une reconstitution d'Al-Qaïda ou à un renforcement d'ISIS (le groupe État islamique, NdlR) ou d'autres groupes terroristes", a-t-il souligné dans une interview à la chaîne américaine Fox News diffusée samedi.

Pas encore de gouvernement, ni de cours mixtes

Sur le plan politique, le visage du nouvel exécutif taliban, initialement pressenti pour être dévoilé dès vendredi, se faisait toujours attendre dimanche.

De retour au pouvoir vingt ans après en avoir été chassés par une coalition emmenée par les États-Unis, les talibans sont attendus au tournant par la communauté internationale qui a prévenu qu'elle jugerait le mouvement islamiste sur ses actes. Le mouvement fondé par le mollah Omar a promis depuis sa prise de contrôle de Kaboul le 15 août la mise en place d'un gouvernement "inclusif" et s'est engagé à respecter les droits des femmes, bafoués lors de son premier passage au pouvoir entre 1996 et 2001. Cependant, selon un décret ministériel daté de samedi, les étudiantes devront porter une abaya noire et un niqab couvrant le visage ; elles suivront les enseignements universitaires dans des classes non mixtes et devront quitter la classe cinq minutes avant les étudiants et patienter dans des salles d'attente le temps que ces derniers aient quitté les lieux.

Aide humanitaire

Par ailleurs, alors que la compagnie Ariana a repris dimanche les vols intérieurs, la situation humanitaire, toujours critique, s'éclaircit. Le Qatar a annoncé avoir acheminé samedi 15 tonnes d'aide humanitaire en provenance du monde entier et indiqué que les vols allaient se poursuivre "dans les jours qui viennent".

L'ONU, qui a mis en garde cette semaine contre une "catastrophe humanitaire imminente", tiendra pour sa part le 13 septembre une réunion entre États membres afin d'accroître l'aide humanitaire à l'Afghanistan.

Près de trois semaines après la prise de pouvoir des talibans, le ballet diplomatique a par ailleurs débuté. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken est notamment attendu de lundi à mercredi au Qatar, pays au cœur du dialogue avec le nouveau pouvoir afghan.

Le chef du renseignement militaire pakistanais, Faiz Hameed, a quant à lui été vu samedi à Kaboul.

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