En Inde, des femmes musulmanes "mises en vente" sur Internet : "C'est à cause de ma religion"

Ces femmes musulmanes, qui se sont retrouvées dans une fausse vente aux enchères en ligne, refusent de se laisser faire.

En Inde, des femmes musulmanes "mises en vente" sur Internet : "C'est à cause de ma religion"
©Capture d'écran

Journalistes, écrivaines et influenceuses : début juillet, les photos de plus de 80 femmes musulmanes ont été publiées sur une application fictive du nom de "Sulli Deals", un terme péjoratif largement utilisé par les hommes hindous de droite pour parler des femmes musulmanes. Les utilisateurs de l'application pouvaient "acheter" les femmes, dans un simulacre de vente aux enchères. Il avait fallu attendre deux mois pour que la plateforme américaine GitHub mette le site hors ligne.

"Les hommes sont menacés par les femmes qui s'affirment"

Si aucune menace explicite de violence n'a été proférée à leur encontre sur l'application factice, les femmes dont les photos ont été ainsi publiées assurent qu'il s'agissait d'une invitation aux abus. Profondément choquées et traumatisées, elles ne décolèrent pas. En effet, aucun des créateurs du site ne se trouve en détention et aucune arrestation n'a été faite. Mais ces femmes refusent d'être réduites au silence et continuent à se battre pour que justice soit faite.

Hana Mohsin Khan, pilote et féministe revendiquée faisait partie de ces femmes. Interrogée par CNN, celle-ci a déclaré savoir pourquoi elle a été prise pour cible. "C'est à cause de ma religion. Parce que je suis musulmane", a-t-elle déclaré auprès de CNN. "Les hommes sont menacés par les femmes qui s'affirment dans notre pays", a déclaré la jeune femme. "Et les femmes musulmanes qui s'expriment avec franchise représentent le plus grand niveau de menace à leurs yeux".

Une enquête en cours

Au total, quatre plaintes ont été déposées auprès de la police indienne par des victimes, des législateurs de l'opposition ainsi que des militants pour les droits des femmes. Un haut responsable de la police de Delhi a confirmé que l'unité de la cellule cybernétique indienne enquêtait sur les plaintes, sans donner plus de détails.

Selon ces femmes, les abus en ligne sont révélateurs de l'état d'esprit à l'égard des musulmans en Inde depuis l'arrivée au pouvoir en 2014 du Premier ministre Narendra Modi. Ces dernières années, les signalements de crimes haineux envers les musulmans ont augmenté. Un rapport d'Amnesty International de 2019 souligne également que les femmes politiques indiennes doivent faire face à près de deux fois plus d'abus en ligne que leurs homologues américaines et britanniques.