Un journaliste américain condamné à 11 ans de prison en Birmanie

Un journaliste américain, détenu depuis mai par la junte en Birmanie, a été condamné à 11 ans de prison, a indiqué vendredi son employeur, le média Frontier Myanmar.

Un journaliste américain condamné à 11 ans de prison en Birmanie
©AFP

Un journaliste américain, détenu depuis près de six mois en Birmanie, a été condamné vendredi à 11 ans de prison par la junte qui ne cesse d'étrangler la presse depuis le coup d'Etat de février.

"Frontier Myanmar est profondément déçu de la décision prise aujourd'hui de condamner son rédacteur en chef Danny Fenster (...) à des peines de prison d'une durée totale de 11 ans", a déclaré le média dans un communiqué.

Le journaliste était poursuivi pour trois chefs d'accusation: incitation à la dissidence, association illégale, violation de la loi sur l'immigration.

Dans une procédure distincte, il est également inculpé pour terrorisme et sédition et risque la prison à vie.

Sentence "scandaleuse"

"Ce régime ne respecte aucune règle. Il est déterminé à faire ce qu'il veut", a déploré Richard Horsey, du centre d'analyse International Crisis Group (ICG), dénonçant une sentence "scandaleuse".

"C'est un gros revers pour la diplomatie américaine" qui déploie beaucoup d'efforts pour sa libération, ajoute-t-il.

Cette condamnation intervient quelques jours après une rencontre entre l'ex-diplomate américain Bill Richardson et le chef de la junte birmane Min Aung Hlaing.

Les deux hommes ont discuté de la livraison de vaccins contre le Covid-19 et de matériel médical.

Bill Richardson, qui n'a pas souhaité donner plus de détails, a déclaré que le département d'État américain lui avait demandé de ne pas évoquer le cas du journaliste lors de cette visite.

Danny Fenster, 37 ans, avait été arrêté le 24 mai, près de quatre mois après le coup d'Etat qui a renversé l'ex-dirigeante civile Aung San Suu Kyi, à l'aéroport international de Rangoun au moment où il tentait de quitter le pays.

Depuis, il est détenu à la prison d'Insein de Rangoun avec de nombreux prisonniers politique.

Son procès se tient à huis clos dans l'enceinte de l'établissement pénitentiaire.

"Son maintien en détention est inacceptable. Le journalisme n'est pas un crime", a récemment déclaré un porte-parole de la diplomatie américaine.

Danny Fenster, qui a contracté le Covid-19 en détention d'après sa famille, "a perdu beaucoup de poids et est très maigre", a indiqué mercredi à l'AFP son avocat Than Zaw Aung.

La presse étranglée

La Birmanie a sombré dans le chaos depuis le putsch du 1er février qui a mis fin à une parenthèse démocratique de 10 ans.

Le régime militaire poursuit une sanglante répression contre ses opposants avec plus de 1.250 civils tués et plus de 7.000 en détention, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP), une ONG locale qui rapporte des cas de tortures, de viols et d'exécutions extra-judiciaires.

La presse est étranglée par la junte qui tente de renforcer son contrôle sur l'information, limitant l'accès à internet et annulant les licences des médias.

Plus de 100 journalistes ont été arrêtés depuis le putsch, selon Reporting ASEAN, une association de défense des droits, qui relève que 31 sont toujours en détention.

Assignée à résidence depuis son arrestation à l'aube du 1er février, Aung San Suu Kyi, 76 ans, est de son côté jugée depuis juin pour une multitude d'infractions - importation illégale de talkies-walkies, violation des restrictions liées au Covid-19, sédition, corruption, incitation aux troubles publics...

Elle risque de longues années de prison si elle est reconnue coupable.

De nombreux observateurs dénoncent un procès politique dans le but de neutraliser la gagnante des élections de 2015 et de 2020.

Fin octobre, Win Htein, un de ses proches collaborateurs âgé de 80 ans, a été condamné à 20 ans de détention pour trahison.