Une étudiante à nouveau en prison pour s'être moquée du roi de Thaïlande: "Elle risque jusqu'à 135 ans"

La militante pro-démocratie a déjà passé 3 mois en prison, et elle pourrait en passer bien plus.

Une étudiante à nouveau en prison pour s'être moquée du roi de Thaïlande: "Elle risque jusqu'à 135 ans"
©afp
J.F.

Panusaya Sithijirawattanakul, une étudiante thaïlandaise en sociologie et anthropologie, est emprisonnée depuis le 15 novembre 2021. Son crime? Être apparue en crop top dans un centre commercial de Bangkok en compagnie de ses amis. En décembre 2020, les jeunes militants décident en effet de revêtir un haut court et d'inscrire des messages sur leurs bras. Panusaya, elle, choisit d'écrire "je n'ai qu'un seul père", une critique adressée au roi de Thaïlande Rama X, considéré comme le "père de la nation". Son choix vestimentaire n'est pas non plus anodin puisque le souverain était apparu quelques mois auparavant vêtu d'un crop top.

Bien vite, les jeunes sont arrêtés et une plainte pour "lèse-majesté" est déposée contre eux. Ce n'est pas la première fois que le groupe s'oppose aux lois restrictives ayant cours en Thaïlande. Dans de nombreux discours, la jeune femme de 23 ans avait déjà appelé à abolir les lois qui interdisent de critiquer le roi.

Trois de ses amis sont d'ailleurs toujours en détention provisoire. Selon la Fédération internationale des Droits de l'Homme (FIDH), Panusaya est accusée de 9 faits différents de lèse-majesté. Elle risque jusqu'à 135 ans de prison (15 ans pour chaque). Selon le Guardian, elle serait en fait accusée de 22 faits et risque des peines cumulées de 320 ans de prison.

Un durcissement de la loi

Le 15 novembre dernier, sa demande de liberté sous caution a été refusée et son arrestation a été ordonnée, indique le Guardian. Le tribunal a justifié sa décision en expliquant qu'elle avait violé les conditions de sa liberté en commettant les mêmes types de faits que ceux pour lesquels elle était en sursis. "Il s'agit d'actes légitimes en faveur des droits de l'homme", commente la FIDH. Samedi, un groupe de manifestants s'était réuni dans le centre de Bangkok vêtus de crop tops afin de s'opposer à cette décision. "Nous voulons montrer que le port de ce vêtement n'est pas illégal. Tout le monde a droit à la liberté d'expression", ont-ils déclaré. Si l'avocat de l'étudiante est d'accord avec eux, il se montre plus prudent. "Les manifestants pensaient qu'ils ne seraient pas poursuivis pour avoir porté un crop top. Maintenant, je dis à tout le monde qu'ils doivent être conscients que cela peut conduire à un acte d'accusation."

Selon les avocats, le refus de liberté sous caution de Panusaya indique un durcissement dans l'application de la loi. Pour rappel, la loi de lèse-majesté a été réintroduite en novembre 2020, au moment où les autorités tentaient de réprimer un mouvement de jeunes qui appelaient à une réforme de la monarchie.

Actuellement, plus de 150 personnes sont visées par des plaintes pour lèse-majesté. Si Panusaya et ses amis avaient choisi de porter un crop top lors de leur sortie au supermarché, c'était d'ailleurs pour soutenir un jeune de 16 ans qui avait été accusé de ce crime pour être sorti avec un haut court.

La Fédération internationale des Droits de l'Homme dénonce cette détention arbitraire et appelle à sa libération. Il précise que ce n'est pas la première fois qu'elle est emprisonnée pour ses actions pro-démocratie. En tout, la jeune femme a déjà passé près de 3 mois en prison.

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