Kazakhstan: l'ex-président sort du silence et nie tout conflit avec son successeur

L'influent ex-président du Kazakhstan Noursoultan Nazarbaïev est sorti de son silence mardi en apportant son plein soutien à son successeur après des émeutes meurtrières qui ont mis en lumière une lutte interne au sommet du pouvoir.

AFP
Kazakhstan: l'ex-président sort du silence et nie tout conflit avec son successeur
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M. Nazarbaïev, 81 ans, ne s'était pas exprimé publiquement pendant et depuis les troubles inédits qui ont secoué ce pays d'Asie centrale début janvier, ce qui alimentait des rumeurs sur sa fuite et celle de sa famille à l'étranger.

"Je suis un retraité et je me trouve actuellement en repos bien mérité dans la capitale du Kazakhstan. Je ne suis parti nulle part", a affirmé M. Nazarbaïev, apparaissant dans une vidéo diffusée mardi sur YouTube, assis à un bureau devant des drapeaux kazakhs.

Il a assuré que son successeur Kassym-Jomart Tokaïev, à qui il a cédé la présidence en 2019, avait "tous les pouvoirs". "Il n'y a par conséquent aucun conflit ou de confrontation au sein de l'élite", a-t-il ajouté, dénonçant des "rumeurs sans fondement".

S'exprimant sur les émeutes meurtrières qui ont secoué le Kazakhstan début janvier, M. Nazarbaïev a estimé que l'objectif des protestataires était de "détruire l'intégrité du pays et les fondements de l'État".

"Cette tragédie est devenue une leçon pour nous tous. Il est important de découvrir qui a organisé tous ces pogroms et ces meurtres", a encore ajouté l'ancien président kazakh.

Il a appelé la population à soutenir le programme de réformes de son successeur, disant souhaiter "la stabilité et la paix". "Nous allons certainement surmonter la crise et devenir encore plus forts", a-t-il ajouté.

Luttes de pouvoir

Lors des émeutes de début janvier, la colère des protestataires était notamment dirigée contre M. Nazarbaïev, accusé d'avoir fait prospérer la corruption dans cette ex-république soviétique, qu'il a dirigée pendant trois décennies.

En 2019, il avait transmis la présidence à M. Tokaïev, l'un de ses fidèles, tout en conservant une importante influence en s'attribuant le titre d'"Elbassy", le "Chef de la nation" kazakhe, et la tête du puissant Conseil de sécurité.

Depuis les émeutes, M. Tokaïev a renforcé sa propre influence en prenant la tête du Conseil de sécurité. M. Nazarbaïev a en outre déclaré mardi que son successeur prendrait "bientôt" la direction du parti au pouvoir, Nour Otan.

De manière inédite, le nouveau président s'en était pris à son prédécesseur la semaine dernière en l'accusant d'avoir favorisé l'émergence d'une "caste de riches" dominant cet Etat regorgeant d'hydrocarbures.

Néanmoins, le président en place a estimé que les émeutes étaient le résultat d'une attaque "terroriste" d'ampleur provenant de l'étranger, sans pour autant apporter de preuves.

Plusieurs proches de M. Nazarbaïev ont depuis dû quitter d'importants postes et au moins l'un d'entre eux, Karim Massimov, qui dirigeait les services secrets, a été incarcéré pour des accusations de "haute trahison".

Le gendre de l'ancien président, Timour Koulibaïev, l'un des hommes les plus riches du pays, a abandonné la tête du puissant lobby des affaires Atameken, la Chambre nationale des entrepreneurs kazakhs. Son neveu Samat Abich a, lui, été limogé de son poste de directeur adjoint du Comité de sécurité.

La famille de Noursoultan Nazarbaïev dispose d'importants intérêts commerciaux au Kazakhstan et des publications dans les médias leur prêtent de luxueuses propriétés à l'étranger.

Les émeutes, qui avaient éclaté après des manifestations contre la hausse des prix du carburant, sur fond de dégradation du niveau de vie et de corruption endémique, avaient conduit M. Tokaïev à appeler à la rescousse quelque 2.000 hommes d'une force militaire menée par la Russie.

Les violences ont fait, selon les autorités, 225 morts et mené à l'arrestation de quelque 10.000 personnes.