Ayesha Malik, première femme juge à la Cour suprême du Pakistan : "Elle a brisé toutes les barrières du système judiciaire"

Elle est la première femme juge à être nommée à la Cour suprême du Pakistan.

Ayesha Malik, première femme juge à la Cour suprême du Pakistan : "Elle a brisé toutes les barrières du système judiciaire"
S.G. (avec AFP)

Elle a prêté serment lundi à Islamabad. À 55 ans, elle siégera désormais aux côtés de 16 hommes au sein de la plus haute instance judiciaire du pays. " Je veux féliciter la juge Ayesha Malik, la première femme à la Cour suprême", a réagi sur Twitter le Premier ministre, Imran Khan. "Je lui souhaite le meilleur", a-t-il ajouté. "C'est une énorme avancée", a estimé l'avocate et militante des droits des femmes Nighat Dad. "C'est l'histoire en route pour le système judiciaire pakistanais." Mme Malik a fait ses études à l'université de Harvard aux États-Unis et a servi comme juge à la Haute cour de Lahore, dans l'est du Pakistan, ces 20 dernières années. Dans cette juridiction de la province du Pendjab, la plus peuplée du pays, on lui attribue d'avoir contribué à faire évoluer des mœurs judiciaires encore très patriarcales. L'an passé, elle y a interdit un test de virginité, appelé, sous sa forme la plus commune, test des "deux doigts", qui est censé permettre d'éclairer le passé sexuel des victimes de viol. Au Pakistan, les viols sont rarement déclarés et la parole des victimes n'a qu'une valeur très relative, une grande partie du pays vivant sous un code patriarcal qui systématise l'oppression des femmes.

Le test de virginité peut souvent faire basculer un dossier en défaveur des victimes, ainsi facilement discréditées. Il est particulièrement traumatisant pour celles-ci, aussi soumises à une forte stigmatisation sociale qui les empêche souvent ensuite de se marier. La nomination d’Ayesha Malik pourrait ouvrir la voie à d’autres femmes vers la Cour suprême, historiquement conservatrice.

"Elle a brisé toutes les barrières du système judiciaire et cela permettra à d'autres femmes d'avancer", a estimé une autre avocate et militante des droits des femmes, Khadija Siddiqi. "J'espère que cela mènera à des décisions de justice plus en faveur des femmes dans le futur", a-t-elle ajouté.

Sa nomination n’a toutefois pas été sans susciter la controverse ces quatre derniers mois, certains l’accusant d’être passée devant des hommes juges plus expérimentés et qualifiés.

Début janvier, l’Ordre pakistanais des avocats avait appelé à une grève pour protester contre sa nomination attendue.

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