Cessez-le-feu entre le Kirghizstan et le Tadjikistan après des affrontements mortels

Le Kirghizstan et le Tadjikistan sont parvenus vendredi à un cessez-le-feu après une nouvelle flambée de violences à la frontière entre ces deux pays d'Asie centrale, au cours desquels deux Tadjiks ont été tués et dix autres blessés.

Cessez-le-feu entre le Kirghizstan et le Tadjikistan après des affrontements mortels
©AP

Ces affrontements sont les plus meurtriers depuis des combats au printemps 2021 qui avaient fait des dizaines de morts. Les tensions sont fréquentes, notamment pour des questions territoriales et d'accès à l'eau, entre ces deux ex-républiques soviétiques très pauvres.

"Dans le cadre du conflit frontalier, 10 personnes ont été blessées du côté tadjik, six militaires et quatre civils" et "deux citoyens de la République du Tadjikistan" ont été tués, a déclaré le Comité de sécurité nationale de ce pays.

Les deux morts sont un homme "tué par un obus de mortier tiré par des soldats kirghizes dans sa cour" et un ambulancier.

L'agence de presse privée tadjike Asia-Plus a pour sa part fait état de 17 Tadjiks blessés.

Le ministère de la Santé du Kirghizstan a de son côté indiqué qu'au moins 11 Kirghizes ont été blessés.

Après ces combats jeudi soir entre garde-frontières des deux pays dans une zone sensible, le Kirghizstan et le Tadjikistan ont annoncé vendredi matin être parvenus à un cessez-le-feu.

Le Comité de sécurité nationale du Kirghizistan a précisé qu'un accord a été trouvé pour "un cessez-le-feu complet" avec le Tadjikistan, lors d'une réunion à la frontière entre gouverneurs provinciaux et services frontaliers.

Les deux pays voisins ont convenu de retirer leurs troupes, de coordonner les patrouilles à la frontière et d'assurer la circulation sur une route stratégique.

Le président kirghiz Sadyr Japarov a assuré sur Facebook que le conflit sera résolu "pacifiquement, via des négociations", appelant "ne pas croire les fausses informations" qui visent à "l'escalade de la situation".

Accusations mutuelles

Le Tajikistan, pays autoritaire et fermé, a confirmé l'accord. "La situation à la frontière est stable, les causes et les facteurs du conflit frontalier sont examinés par une commission conjointe réunissant les structures compétentes des deux parties", a indiqué le Comité de sécurité nationale tadjik dans un communiqué.

Comme souvent dans les affrontements frontaliers entre ces deux pays, le récit des événements varie de part et d'autre de la frontière.

Le Kirghizstan a accusé les troupes tadjikes d'avoir utilisé des mortiers et lance-grenades lors d'un échange de tirs qui aurait commencé juste après 19H30 heure locale (13H30 GMT) jeudi.

Selon Bichkek, les combats ont démarré juste après l'acceptation par les deux parties de rouvrir une route bloquée par des citoyens tadjiks.

Les autorités tadjikes affirment, elles, que les tensions ont commencé après qu'un groupe de Kirghizes a "arrêté de force" un véhicule tadjik transportant du sable entre deux villages tadjiks vers 12H20 GMT.

"Les garde-frontières kirghizes (...) ont ouvert le feu sur des civils de la République du Tadjikistan", a ajouté Douchanbé, se plaignant aussi "de vols de drones, violant l'espace aérien" tadjik.

Le Kirghizistan a rétorqué que le Tadjikistan "déforme les informations sur l'utilisation de drones" et que "ce sont les garde-frontières tadjiks qui ont récemment utilisé (des drones) à des fins de reconnaissance".

"Il est préoccupant de voir qu'au lieu de renforcer la section tadjiko-afghane de sa frontière, où se trouvent environ 8.000 combattants d'organisations terroristes, le Tadjikistan soit déterminé à intensifier les conflits à la frontière kirghizo-tadjike", a accusé le Kirghizistan.

Le ministère kirghiz des Situations d'urgence a également annoncé l'évacuation de près de 1.500 habitants des villages voisins de la zone du conflit, dans le Sud-Ouest du du pays.

Au printemps 2021, des combats meurtriers avaient opposé les forces des deux pays non loin de cette zone, autour de l'enclave tadjike de Voroukh, au Kirghizstan. Il s'agit d'une zone de tensions liées notamment à des questions d'accès à l'eau.

La flambée de violences de l'an passé avait fait près de soixante morts. Il s'agissait des combats les plus meurtriers depuis des années.