Le nouveau président sud-coréen entend être plus ferme avec le Nord

Le nouveau président sud-coréen, prêt à prendre ses fonctions mardi, entend faire preuve de fermeté avec Pyongyang, selon des analystes, adoptant une approche opposée à celle de son prédécesseur qu'il a qualifiée de "soumise".

Le nouveau président sud-coréen entend être plus ferme avec le Nord
©AFP

Ces cinq dernières années, Séoul a tendu la main à Pyongyang, jouant les intermédiaires pour organiser des sommets entre le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un et le président américain de l'époque Donald Trump.

Mais depuis l'échec des négociations en 2019, la Corée du Nord, dotée de l'arme nucléaire, a accru ses essais d'armement. Depuis le début de l'année, elle a procédé à 15 tirs, parmi lesquels le plus grand missile balistique intercontinental (ICBM) de son histoire.

A la différence du président sortant Moon Jae-in, qui considérait Pyongyang comme un interlocuteur, le futur dirigeant Yoon voit le pays comme un adversaire, affirme Cheong Seong-chang, spécialiste de la Corée du Nord à l'Institut Sejong.

M. Yoon s'est engagé à considérer Pyongyang comme "le principal ennemi" de son pays, selon M. Cheong, sans exclure une frappe préventive sur la Corée du Nord.

Cette ligne dure semble déjà avoir irrité Pyongyang.

Jeudi, le site de propagande nord-coréen Uriminzokkiri a accusé M. Yoon de chercher "une confrontation insensée", qualifiant de "ridicule" l'emploi du terme "frappes préventives".

"Provocation"

A l'inverse, le président sortant, qui a rencontré à quatre reprises Kim Jong Un, a toujours cherché à éviter les passes d'armes avec Pyongyang.

M. Cheong a déjà averti qu'il y aurait des moments difficiles et aucun nouveau sommet.

Au lieu de privilégier la diplomatie, M. Yoon veut la "dénucléarisation" de la Corée du Nord, ce qu'exclut Kim Jong Un, a expliqué à l'AFP Hong Min, chercheur à l'Institut coréen pour l'unification nationale.

Les appels lancés au dirigeant nord-coréen pour qu'il abandonne son arsenal nucléaire est une "condition inacceptable pour Pyongyang" qui, à l'inverse, a récemment annoncé son renforcement. C'est l'ultime coup porté à la politique nord-coréenne de M. Moon.

Antiféministe assumé, M. Yoon, élu de justesse en mars, a depuis fait marche arrière sur certaines de ses promesses électorales.

Sa fermeté à l'encontre de la Corée du Nord transparait déjà. Ainsi, son entourage a qualifié la semaine dernière de "provocation" le lancement d'un missile balistique par Pyongyang.

Lors de sa campagne, il a qualifié Kim Jong Un de "garçon grossier" et s'est engagé auprès de ses électeurs de "lui apprendre les bonnes manières".

Cette rhétorique rappelle les échanges virulents entre Donald Trump et Kim Jong Un en 2017, le président américain promettant "le feu et la fureur" à Pyongyang.

Des militants sud-coréens affirment avoir recommencé à envoyer des tracts de propagande par ballons de l'autre côté de la frontière. M. Moon avait interdit cette pratique au cours de son mandat.

Outre une intensification des essais, Kim Jong Un a annoncé en mars un renforcement des capacités nucléaires du pays.

Des images satellite suggèrent que la Corée du Nord prépare un essai nucléaire, pour la première fois depuis 2017.

Renforcer son armement

Si le pays tient tant à montrer sa puissance militaire c'est aussi pour dissimuler ses difficultés intérieures. Il est en proie à une sévère crise économique et à des pénuries en raison des sanctions internationales et à une fermeture des frontières depuis deux ans pour lutter contre le Covid.

"Pyongyang avertit le nouveau gouvernement sud-coréen que ces pénuries ne l'empêcheront pas de renforcer son armement", selon Leif-Eric Easley, professeur à l'université Ewha de Séoul.

La Corée du Sud possède une capacité d'armements conventionnels supérieure à celle de son voisin du Nord et M. Yoon a demandé le déploiement d'un plus grand nombre de moyens militaires américains.

Ce sujet devrait être évoqué en mai à Séoul, à l'occasion de la venue du président américain Joe Biden.

En procédant à des essais d'armement au moment de l'investiture de M. Yoon et de la visite de M. Biden, Kim Jong Un souhaite faire monter la pression, a estimé Mason Richey, professeur associé de politique internationale à l'université Hankuk d'études étrangères.

Espérant ainsi "rendre la ligne dure de M. Yoon à l'encontre de la Corée du Nord plus compliquée à promouvoir" dans son pays.

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