"Répression suffocante", "politiques de discriminations systématiques" : les femmes afghanes toujours plus effacées de l’espace public

Une nouvelle série de lois liberticides interdit aux femmes d’accéder aux salles de sport, bains publics et parcs.

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"Répression suffocante", "politiques de discriminations systématiques" : les femmes afghanes toujours plus effacées de l’espace public
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Il faut imaginer un cercle autour de chaque femme afghane, qui représenterait leur liberté. Depuis la prise de Kaboul par les talibans, le 15 août 2021, ce cercle - déjà étroit mais qui s'élargissait depuis vingt ans - s'est brutalement réduit, jusqu'à totalement les enfermer. La longue liste des restrictions pour les femmes s'est encore allongée ce week-end. Les talibans leur interdisent désormais l'accès aux salles de sport et aux bains publics. "Les salles de sport sont fermées aux femmes parce que leurs entraîneurs étaient des hommes et que certaines étaient mixtes", a justifié ce dimanche à l'AFP Mohammad Akif Sadeq Mohajir, porte-parole du ministère de la Prévention du vice et de la Promotion de la vertu. Quant aux hammams, où hommes et femmes sont pourtant traditionnellement séparés, la raison est simple pour le régime islamiste : "Actuellement, chaque maison a une salle de bains, donc cela ne pose aucun problème aux femmes."

Deux jours plus tôt, les Afghanes ont appris qu’elles ne pourraient plus mettre les pieds dans les parcs et jardins de Kaboul. Un de leurs derniers espaces de liberté, de respiration. Jusqu’à présent, une ségrégation entre les genres y avait été imposée. Femmes et hommes pouvaient y flâner mais seulement à des horaires et jours différenciés afin de ne surtout pas se croiser. Ces règles ayant été violées, selon le même porte-parole, les restrictions ont été considérablement durcies. Égrener la liste des lieux dans lesquels les femmes n’ont plus le droit de cité en Afghanistan paraît presque incongru : il faudrait désormais plutôt dresser celle des endroits où leur présence est tolérée. Grosso modo dans les commerces, les établissements de soins, dans la rue… mais le moins possible. Donc surtout chez elles, entre les quatre murs de leur logement.

"Répression suffocante"

Ces dramatiques retours en arrière n’ont cessé de s’accumuler depuis la reprise du pouvoir par les talibans, qui avaient déjà dirigé le pays de 1996 à 2001. Leur défaite avait à l’époque ouvert une nouvelle ère, marquée par des progrès tangibles des droits des femmes. Des avancées en dents de scie qui n’empêchaient pas le pays de pointer dans les derniers des classements sur les inégalités de genre. La promesse des talibans, il y a un an, de se montrer plus souples envers les femmes et de préserver leurs droits a vite été balayée. Depuis près d’un an, les femmes ne sont par exemple pas autorisées à voyager à plus de 72 km sans chaperon. Depuis mai, un décret stipule même qu’elles ne devraient pas quitter leur domicile à moins que cela ne soit nécessaire, le tout en portant un voile intégral.

Du côté de la sphère professionnelle, les femmes sont exclues de la plupart des emplois publics et nombre d'entre elles ont aussi perdu leurs emplois dans le privé. Les filles sont privées d'éducation à partir de la 6e, bannies des collèges et lycées. Dans un rapport accablant publié fin juillet, Amnesty International mettait des chiffres sur les conséquences prévisibles de cette interdiction : seules 6 % des jeunes Afghanes étaient scolarisées en 2003, contre 40 % en 2018. L'ONG dénonçait plus globalement une "répression suffocante", fruit de "politiques de discriminations systématiques". Le Collectif national des droits des femmes s'est alarmé dimanche dans un tweet : "Ils tuent les femmes à petit feu."

Malgré de courageux mouvements de résistance, violemment réprimés, la situation risque d'aller en s'aggravant. Dans la foulée de l'annonce de ces nouvelles lois liberticides, le chef des talibans, Hibatullah Akhundzada, a ordonné aux juges d'appliquer de façon rigoriste la loi islamique, y compris donc les exécutions publiques, les lapidations ou encore l'amputation. Dans un tweet posté dimanche, le porte-parole Zabihullah Mujahid s'en est fait l'écho : "Examinez soigneusement les dossiers des voleurs, des kidnappeurs et des séditieux", enjoint-il. Parmi les délits les plus graves selon la charia : l'adultère, la consommation d'alcool, le vol, l'apostasie ou encore la rébellion. Les femmes risquent d'être à nouveau en première ligne face à ce mot d'ordre répressif.