À Taïwan, un nouveau parti tente de prendre le pouvoir grâce… à un jeu

Au moment où Taïwan se mue progressivement en une société “super âgée”, un nouveau parti émerge dans l’arène politique en brandissant un programme pour le moins singulier : rendre sa grandeur au mah-jong, un jeu de société traditionnel.

<p>Des joueurs de mah-jong le 12 novembre 2022, dans une salle de jeux de Kaohsiung (sud de Taïwan)</p>
Des joueurs de mah-jong le 12 novembre 2022, dans une salle de jeux de Kaohsiung (sud de Taïwan) ©AFP

Vieux de plusieurs siècles, ce jeu chinois, reconnaissable à ses célèbres tuiles, est populaire à Taïwan, notamment chez les personnes âgées. Y jouer est certes autorisé, mais depuis l’époque de la loi martiale (1949-1987), le mah-jong évolue dans une zone grise, suscitant la méfiance des autorités en raison de l’interdiction des paris dans les lieux publics.

Des gangs organisés entretiennent depuis longtemps dans l’illégalité de juteuses parties assorties de paris. Les salles de jeux font quant à elles l’objet de descentes ou d’inspections de police. Propriétaire d’une salle de jeux dans la ville de Kaohsiung (sud), Kuo Hsi a décidé qu’il était grand temps d’autoriser les paris lors des parties de mah-jong. Et pour atteindre son objectif, il a mis sur pied un nouveau parti politique. Cette formation de niche, appelée “Mah-jong le plus grand parti”, prône la reconnaissance du jeu de société en tant que “loisir légitime” ainsi que la légalisation des paris et des gains. “Soyons honnêtes. On peut parier sur n’importe quoi si on veut jouer, même sur pierre-feuille-ciseaux. Pourquoi s’obstine-t-on à qualifier le mah-jong […] de jeu d’argent ?”, s’interroge Kuo Hsi auprès de l’AFP.

Dans sa salle de jeux, au milieu du cliquetis reconnaissable des tuiles de mah-jong produisant un fond sonore hypnotique, le gérant estime que “toutes les formes de compétition, de jeu, de golf, de tennis, de badminton, ont une sorte de prix à la fin. Elles en ont toutes”. “Quand il y a des prix, les participants font de leur mieux pour s’entraîner physiquement et mentalement. C’est la même chose avec le mah-jong”, ajoute cet homme de 65 ans.

Max Chang compte parmi les tout premiers adhérents du nouveau parti. Lui-même est depuis sa jeunesse un adepte du jeu de tuiles qu’il pratique en famille. “Je m’identifie beaucoup aux idéaux de Kuo. En tant que jeune homme jouant régulièrement au mah-jong, je crains toujours que des gens n’appellent la police à notre sujet”, raconte à l’AFP le consultant de 31 ans.

Mais Kuo Hsi sait qu’il lui reste du chemin à parcourir pour intégrer pleinement le paysage politique taïwanais. Son parti, créé le mois dernier, compte 120 adhérents mais son fondateur espère en recenser 10000 d’ici la fin de l’année. Il a déposé une demande d’enregistrement du parti qu’il espère voir approuvée bientôt. Son objectif : créer un élan politique suffisant pour obtenir un référendum l’an prochain et changer la loi. Taïwan autorise la tenue régulière de référendums pour se prononcer sur des décisions clés. Le fondateur du parti espère également obtenir au moins un siège en 2024 lorsque Taïwan élira ses nouveaux députés et président.