Park Won-soon, dont le corps a été découvert vendredi matin à la périphérie nord de Séoul, est le plus haut responsable politique du pays à être impliqué dans une affaire de harcèlement sexuel.

Dans une société sud-coréenne demeurée profondément patriarcale, le mouvement mondial #MeToo, contre les violences faites aux femmes, a fait tomber des dizaines de figures masculines éminentes et ce, dans tous les domaines.

Dans un message écrit à la main avec de l'encre et un pinceau, trouvé dans sa résidence officielle et rendu public, il a présenté des excuses très générales.

"Je suis désolé pour tout le monde", a-t-il écrit, demandant à être incinéré et que ses cendres soient dispersées sur la tombe de ses parents.

"Je suis désolé pour ma famille, à qui je n'ai fait que causer de la peine", a-t-il ajouté.

"Au revoir", a signé Park Won-soon, 64 ans, sans faire référence aux accusations dont il fait l'objet.

Figure emblématique du Parti démocrate (centre gauche) au pouvoir, il dirigeait depuis 2011 la gigantesque capitale de la Corée du Sud, qui compte environ dix millions d'habitants, soit presque un cinquième de la population du pays.

Celui qui ne cachait pas son désir de succéder au président Moon Jae-in en 2022, avait remporté trois scrutins en se faisant l'avocat de l'égalité des sexes et sociale.

Son décès survient un jour après que son ancienne secrétaire a déposé plainte contre lui pour harcèlement sexuel.

Il m'a "harcelée sexuellement et a eu des gestes inappropriés durant les heures de travail", insistant notamment pour qu'elle le rejoigne dans la chambre à coucher attenante à son bureau, a raconté la victime présumée, selon un document présentant sa déposition à la police, transmis à l'AFP de source proche du dossier.

Après le travail, a raconté sa secrétaire personnelle depuis 2015, il lui envoyait via une messagerie "des selfies de lui en sous-vêtements accompagnés de commentaires obscènes".

"Peur et humiliation"

"J'ai essayé d'oublier, en supportant une peur et une humiliation énormes, en me disant que c'était dans l'intérêt de la ville de Séoul, de moi-même et du maire M. Park", a-t-elle dit, selon le document.

La police a confirmé le dépôt de plainte mais aucun des détails figurant dans ce document.

La mort de Park Won-soon signifie que l'affaire sera automatiquement close.

En dépit d'un remarquable essor industriel, la société sud-coréenne demeure très patriarcale mais des signes de changement sont apparus en 2018 quand une procureure a accusé publiquement un supérieur hiérarchique de l'avoir caressée de manière insistante lors de funérailles.

Le cas le plus retentissant est celui d'Ahn Hee-jung, ancien gouverneur, arrivé deuxième en 2017 dans la course à l'investiture du Parti démocrate pour la présidentielle, et condamné l'an dernier pour avoir eu des rapports sexuels en abusant de son autorité. Une de ses collaboratrices l'avait accusé de viol.

Park Won-soon est le plus haut responsable politique sud-coréen à avoir mis fin à ses jours depuis que l'ancien président Roh Moo-hyun s'est jeté du haut d'une falaise en 2009, après avoir été interrogé sur des allégations de corruption ayant visé des membres de sa famille.

Il a été un étudiant contestataire du temps de la dictature de Park Chung Hee (assassiné fin 1979) en Corée du Sud.

Emprisonné pour avoir participé à une rassemblement contre le régime militaire, il a été renvoyé de l'Université nationale de Séoul en 1975, à peine quelques semaines après y être entré, et emprisonné pendant quatre mois.

Park Won-soon est par la suite devenu un avocat engagé dans la lutte pour le respect des droits de l'homme, défendant à ce titre de nombreux militants politiques dans les années 1980 et 1990.

Il s'est en outre investi dans des actions caritatives.

A la tête de la capitale sud-coréenne, Park Won-soon s'est forgé une réputation de travailleur acharné, se montrant très exigeant à l'égard de ses subordonnés, dont certains se seraient même suicidés en raison du stress subi.

Vendredi, la nouvelle de sa mort a donné lieu à des réactions mitigées, certains exprimant leurs condoléances et d'autres réprouvant un suicide destiné, selon eux, à éviter une condamnation.

Un mémorial devait être dressé devant l'hôtel de ville de Séoul afin que les citoyens puissent lui rendre un dernier hommage.