Nous avons appris avec tristesse le décès à Bangkok, le 3 octobre, à l’âge de 80 ans, de Jacques Bekaert, qui fut, dans les années 1980, le correspondant de La Libre Belgique dans la capitale thaïlandaise. De ce poste d’observation, Jacques couvrit, avec une expertise bientôt inégalée, non seulement la vie politique tumultueuse de l’ancien royaume siamois, mais aussi les terribles convulsions qui secouèrent le Cambodge voisin, après la chute du régime sanguinaire des Khmers rouges.

Du Cambodge, Jacques Bekaert connaissait tout le monde, du roi Norodom Sihanouk alors en exil à Pyongyang, aux chefs des différents mouvements de résistance qui combattaient l’occupation vietnamienne du pays. Outre ses correspondances (après La Libre, Jacques travailla plusieurs années pour Le Monde), il tint une chronique appréciée dans le Bangkok Post, le plus lu des deux quotidiens en langue anglaise publiés dans un pays qui servait de base à tous les journalistes étrangers couvrant l’Asie du Sud-Est.

Journaliste, Jacques Bekaert l’était jusqu’au bout de la plume, mais il cultivait d’autres passions. La musique surtout : il avait, dans une vie antérieure, suivi les cours du compositeur Henri Pousseur et anima, avec Marc Moulin, l’émission King Kong à la radio. Il épousa l’ex-femme d’un musicien américain, union qui ne fit que renforcer son intérêt pour les États-Unis, où il se rendait régulièrement (lors de l’un de ces voyages, une infection contractée dans la jungle cambodgienne fut bien près de l’emporter).

Enfin, ce fils de notaire brabançon, en rupture de ban avec la bourgeoisie familiale, était un bon vivant, plaisir qu’il partagea également avec ses lecteurs du Bangkok Post à travers de savoureux articles gastronomiques. Pour le jeune journaliste que j’étais, les retrouvailles avec Jacques Bekaert et un ami commun, Patrick Nothomb, alors ambassadeur de Belgique à Bangkok, étaient un ravissement toujours renouvelé. Personnage attachant, Jacques avait une dimension romanesque dont il fournit une ultime illustration lorsque, à la retraite, il devint l’ambassadeur de l’Ordre de Malte au Cambodge. Une singulière reconversion diplomatique, mais qui ne surprit, à dire vrai, personne.Philippe Paquet