Alors que la Chine poursuit ses projets de propagande afin d'exposer toute sa grandeur au reste du monde dans la lutte face au coronavirus et "la victoire de son peuple" dans cette guerre, plusieurs voix s'élèvent pour dénoncer les dérives du Parti.

C'est notamment le point de vue partagé par Vincent Brossel, membre du comité Liu Xiaobo qui lutte entre autre pour le respect des droits civiques en Chine, et de Marie Holzman, sinologue, spécialiste de la Chine contemporaine et de la dissidence chinoise. Ces deux experts accusent en effet la Chine d'avoir minimisé la pandémie lorsque celle-ci s'est déclarée en décembre dernier à Wuhan, préférant glorifier le Parti Communiste Chinois alors que le pays était en plein cœur de l'épidémie de Covid-19.

Pleinement informées des risques encourus par la population, et frappées par le passé par un certain nombre d'épidémies (Sras, grippe aviaire, grippe de Hong Kong, ...) le bon sens aurait voulu que les autorités pékinoises prennent toutes les dispositions nécessaires afin d'éviter la propagation du nouveau virus. Pourtant, ces dernières ont fait fi de toute rationalité dans le but de garder le contrôle et la mainmise sur la population chinoise.

Pour étayer leurs propos, Vincent Brossel et Marie Holzman pointent les nombreux cas de censures, d'arrestations abusives et d'intimidations dont ont fait l'objet les lanceurs d'alerte ou la pression écrasante exercée sur l'Organisation Mondiale de la Santé afin de retarder l'annonce d'une pandémie. Pire, les chiffres publics avancés par la Chine - 4000 morts, semblent également largement en deçà de la réalité comme le laisse penser les gigantesques files d'attente observées devant les funérariums à travers le pays. Selon des estimations indépendantes, le nombre total s'approcherait plutôt de 100 000 morts sur l'ensemble du territoire. Bien loin donc du bilan officiel annoncé.

Des festivités à la gloire du Parti auraient favorisé la propagation du virus

Par ailleurs, aux prémices de la pandémie de coronavirus, les deux experts accusent les autorités d'avoir organisé de nombreuses festivités à la gloire du parti et de son président Xi Jinping, accélérant la propagation. Ainsi, le 18 janvier dernier, alors que les premiers signes de l'épidémie commençaient à poindre, un banquet réunissant pas moins de 40 000 familles a eu lieu à Wuhan. Le lendemain, le journal local Chutian du shibao publiait des photos de l’événement où l'on pouvait constater l'ampleur des festivités: un immense hangar, des centaines de tables, des milliers de plats servis sur des assiettes gravées à l'effigie du président Xi Jinping avec des slogans à son honneur et des invités félicités pour avoir "surmonté la fièvre, la toux et la maladie". 

A l'approche du nouvel an lunaire, le 25 janvier, d'autres événements réunissant des milliers individus ont également été maintenus par le Parti jusqu'à l'ordre de confinement le 23 janvier. Entre les premiers cas déclarés de Covid-19 et le début des mesures, ce sont donc près de 5 millions de personnes qui se sont régulièrement réunies en nombre, qui ont potentiellement pu s'infecter et qui ont ainsi pu quitter la ville et propager le coronavirus dans le monde.

Pour Vincent Brossel et Marie Holzman, la vérité avancée par la Chine serait donc bien loin de la situation réelle. Le désir de contrôle démesuré de la Chine et la dévotion exacerbée pour le Parti aux dépends de la population seraient à l'origine d'une pandémie qui auraient pu être, selon eux, mieux gérée par les autorités chinoises.