Plus de 120 mineurs ont été tués jeudi dans un gigantesque glissement de terrain dans des mines de jade du nord de la Birmanie, l'une des pires catastrophes de ce type de ces dernières années, et le bilan pourrait encore s'alourdir.

Des amas de roche sont tombés dans un lac après d'importantes averses, provoquant des vagues de boue qui ont submergé une vallée, dans le canton de Hpakant, près de la frontière chinoise, d'après des images diffusées sur les réseaux sociaux.

Les corps de 126 mineurs ont à ce stade été retrouvés, selon les pompiers.

"Après l'effondrement de la mine (...), j'ai vu des personnes dans le lac. Certaines sont parvenues à nager jusqu'à la rive", a raconté à l'AFP Kyaw Min, un villageois qui habite non loin de là. D'autres ont été englouties.

Les victimes travaillaient sur le site minier malgré un avertissement des autorités les exhortant à ne pas y pénétrer en raison des fortes pluies, a indiqué la police locale. Sans cet avertissement, "on aurait pu avoir des centaines de morts", d'après elle.

Les secours ont travaillé toute la matinée pour extraire les corps, utilisant des pneus comme radeaux de fortune.

Des pluies diluviennes continuaient à s'abattre sur la région et les équipes ont dû interrompre les recherches.

Chaque année, des dizaines de personnes trouvent la mort dans des mines de jade. En cause, les conditions de travail très périlleuses, surtout pendant la saison de la mousson.

En 2015, plus de 100 personnes ont été tuées dans un glissement de terrain. En 2019, une coulée de boue a coûté la vie à 50 personnes.

Des milliards de dollars

Très prospère mais peu réglementée, l'industrie minière en Birmanie emploie de nombreux travailleurs non déclarés, et pèse plusieurs dizaines de milliards de dollars, selon l'ONG Global Witness.

Le pays est le premier producteur mondial de jade, largement écoulé par la suite dans la Chine voisine.

La région d'Hpakant, pauvre et difficile d'accès, a pris des allures de paysage lunaire tant elle a été transformée par ces mines.

Pendant des années, ces dernières étaient exploitées par d'importantes compagnies privées en partenariat avec la Myanmar Gems Enterprise (MGE), une entreprise publique qui délivre les licences d'extraction.

Elles creusaient de grandes parcelles jusqu'à des centaines de mètres de profondeur, provoquant d'importants dégâts sur l'environnement.

Pour freiner cette exploitation sans limite, le gouvernement birman a imposé un moratoire sur les nouvelles licences minières en 2016.

Les entreprises doivent maintenant se conformer à des réglementations environnementales censées être plus strictes pour obtenir le droit d'exploitation et ne peuvent pas creuser des surfaces de plus de deux hectares.

Résultat, beaucoup de grandes mines ont fermé et les sites ne sont plus surveillés, permettant le retour de nombreux mineurs indépendants. Issus de communautés ethniques défavorisées, ils opèrent quasi clandestinement dans les anciens sites laissés à l'abandon.

La catastrophe de jeudi était "évitable", a déploré auprès de l'AFP Hann Hindstrom qui travaille pour Global Witness. Il y a un "besoin urgent" de réglementer encore davantage cette industrie.

Les abondantes ressources naturelles du nord de la Birmanie - dont le jade, le bois précieux, l'or et l'ambre - aident à financer les deux côtés d'une guerre civile qui dure depuis plusieurs décennies entre des insurgés de l'ethnie kachin et les militaires birmans.cieux, l'or et l'ambre - aident à financer les deux côtés d'une guerre civile qui dure depuis plusieurs décennies entre des insurgés de l'ethnie kachin et les militaires birmans.