Plus de 180 civils ont été tués par les forces de sécurité depuis le coup d'Etat du 1er février contre Aung San Suu Kyi, d'après l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

Le bilan s'est considérablement alourdi ces trois derniers jours, la junte semblant plus déterminée que jamais à réprimer la contestation en faisant fi des nombreuses condamnations internationales.

Face à cela, des habitants de la banlieue industrielle de Hlaing Tharyar, qui abrite de nombreuses usines textiles, ont décidé de partir. "Ils sont partis tôt ce matin, les protestataires retirant pour les laisser passer des barricades érigées afin de ralentir les forces de sécurité", a indiqué à l'AFP une habitante. Certains ont entassé leurs affaires et leurs animaux de compagnie dans des camions, des tuk-tuks ou sur des deux-roues, d'après des images diffusées par un média local.

La loi martiale a été décrétée dans ce quartier après l'incendie dimanche de plusieurs usines chinoises par des assaillants. Les forces de sécurité s'étaient alors déployées en nombre, ouvrant le feu et tuant des dizaines de manifestants. Désormais, toute personne interpellée à Hlaing Tharyar, et les cinq autres cantons de Rangoun où la loi martiale a été instaurée, risque d'être renvoyée devant un tribunal militaire, avec une peine minimale de trois ans de travaux forcés.

La junte a coupé depuis dimanche les connexions internet mobile, rendant aussi plus difficile la coordination entre les protestataires.

Les violences des derniers jours ont provoqué un nouveau concert de protestations internationales. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a dénoncé, par l'intermédiaire de son porte-parole Stéphane Dujarric, un "bain de sang". Il a aussi appelé la communauté internationale "y compris les acteurs régionaux, à se rassembler en solidarité avec le peuple birman et ses aspirations démocratiques".

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken a condamné pour sa part le recours aux armes létales, accusant la junte de "brutalement réprimer des manifestants pacifiques" et de "renverser les résultats d'une élection démocratique".