L'experte de l'ONU ayant enquêté sur l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi par des agents saoudiens à Istanbul a jugé vendredi "choquant" que ses fils puissent pardonner aux assassins présumés de leur père, y voyant un nouvel acte dans la "parodie de justice" saoudienne.

"Bien que choquante, l'annonce que la famille du journaliste saoudien assassiné Jamal Khashoggi a pardonné à ses assassins était attendue", a déclaré dans un communiqué la rapporteure spéciale de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard, qui en tant qu'experte indépendante ne s'exprime pas au nom de l'ONU.

"Les autorités saoudiennes jouent ce qu'elles espèrent être l'acte final de leur parodie de justice (...) devant une communauté internationale bien trop prête à être trompée", a-t-elle ajouté, estimant que la clémence des fils du journaliste était un nouvel "acte" de cette parodie.

Comme dans le passé, elle a appelé le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres "à agir". Elle lui a demandé une "enquête de suivi" axée sur "la chaîne de commandement et les responsabilités individuelles associées, y compris aux plus hauts niveaux de l'Etat".

Jamal Khashoggi, critique du régime saoudien après en avoir été proche, a été assassiné et son corps découpé en morceaux le 2 octobre 2018 dans le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul où il s'était rendu pour récupérer un document.

Ses enfants ont déclaré vendredi qu'ils "pardonnaient" aux assassins de leur père, une annonce qui devrait permettre aux accusés d'échapper à la peine de mort, selon des analystes.

Après avoir nié l'assassinat, les autorités de Ryad ont affirmé qu'il avait été commis par des agents saoudiens ayant agi seuls et sans ordre venant de hauts dirigeants.

A l'issue d'un procès opaque en Arabie saoudite, cinq Saoudiens ont été condamnés à mort et trois condamnés à des peines de prison pour l'assassinat de Jamal Khashoggi. 11 personnes avaient été inculpées au total.

Fin juin 2019, l'experte française avait affirmé avoir rassemblé suffisamment de "preuves crédibles" pour justifier l'ouverture d'une enquête internationale sur l'assassinat de Jamal Khashoggi afin d'établir les responsabilités de hauts responsables saoudiens dans ce crime, y compris le prince héritier Mohammed ben Salmane, et demandé au chef de l'ONU de la déclencher.

Le porte-parole de M. Guterres avait répondu que le secrétaire général n'en avait pas le pouvoir et qu'il fallait qu'au moins un Etat membre de l'ONU en fasse la demande.

Mme Callamard a demandé aux tribunaux d'autres pays de se saisir du dossier, notamment en Turquie et aux Etats-Unis, pays où le journaliste travaillait et résidait.

Alors que l'Arabie saoudite assure la présidence tournante du G20, l'experte a estimé qu'un "gouvernement responsable de l'organisation, de la préméditation et du meurtre" d'un journaliste "ne devrait pas être récompensé par l'accueil" d'un tel groupe ou d'autres événements similaires.