Durement touché depuis le début de l'épidémie de coronavirus, l'Iran dénombre désormais plus de 18.000 cas de contamination à travers le pays, où 1284 personnes ont déjà perdu la vie. Certains dirigeants du pays, qui avaient tout d'abord minimisé l'ampleur de la crise, craignent à présent une réelle catastrophe humaine et pointent du doigt les États-Unis, dont les sanctions empêchent le gouvernement d'avoir accès au marché des médicaments et équipements médicaux.

Depuis le début de l'épidémie de coronavirus, qui avait débuté en décembre 2019 en Chine, l'Iran fait partie des pays les plus sévèrement impactés par le virus. Même si les autorités ont à présent pris la mesure de l'ampleur de la crise, les observateurs internationaux sont inquiets de l'actuelle situation sanitaire dans le pays, où le virus a déjà contaminé plus de 18.000 personnes et tué 1284 iraniens. Un chiffre qui pourrait de surcroît être en dessous de la réalité. Le directeur des situations d'urgence à l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), Rick Brennan, qui s'est rendu à Téhéran la semaine passée, a d'ailleurs déclaré lors d'une interview accordée à l'agence Reuters, que "le nombre des cas rapportés pourrait ne représenter qu'un cinquième du nombre réel".

La peur de la propagation lors du Nouvel An

Même si des mesures ont été prises par le gouvernement Rohani, comme le fait de fermer écoles et lieux de culte durant 45 jours dans un grand nombre de régions, les observateurs internationaux craignent que la propagation ne s'accentue alors que le Norouz, le Nouvel An iranien, approche. À l'inverse de la Chine qui avait interdit les rassemblements à l'aube du Nouvel An chinois pour freiner la propagation du virus, les autorités iraniennes n'ont pour l'instant pas prononcé de confinement total du pays et les festivités du Nouvel An sont bel et bien maintenues. Cette fête, qui se déroule ce vendredi 20 mars, va donc entretenir les déplacements de personnes qui vont retrouver leurs familles et risque donc de favoriser la circulation de la maladie.

Certains dirigeants politiques ont cependant compris que l'actuelle crise sanitaire était sans précédent. "Un Iranien meurt toutes les dix minutes et cinquante sont contaminées toutes les heures", a déclaré Kianoush Jahanpour, un porte-parole du ministère de la Santé, ce jeudi, avouant donc que les autorités étaient débordées par l'épidémie.

Dans le même temps, le président iranien Hassan Rohani a quant à lui défendu son gouvernement en applaudissant les mesures qui avaient été mises en place dans le pays: "Certains se demandent pourquoi le gouvernement n'intervient pas, mais nous sommes intervenus de façon considérable" .

Washington responsable de la situation, selon l'Iran

Pour les dirigeants politiques iraniens, les États-Unis ne sont pas exempts de tout reproche quant à la situation actuelle. La grande tension qui existe entre Donald Trump et le régime iranien n'est un secret pour personne. Les sanctions rétablies en 2018 par l'administration Trump ne le sont pas non plus. Lors d'un message adressé à son peuple via la plateforme Youtube ce mercredi, le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a demandé de l'aide aux Nations-Unies afin d'endiguer la situation actuelle. Pour lui, bien qu'il n'y ait pas d'embargo sur les médicaments et équipements médicaux, les mesures actuelles "rendent impossible le commerce et nous prive de nos propres ressources, nécessaires pour répondre aux besoins de la population".

Bernie Sanders, actuel candidat à la primaire démocrate, a d'ailleurs condamné les agissements de son pays via Twitter. "L'Iran fait face à un bilan catastrophique de la pandémie de coronavirus. Les sanctions américaines ne devraient pas contribuer à cette catastrophe humanitaire", a-t-il écrit.


Téhéran peut cependant compter sur la Chine, son premier partenaire commercial, pour lutter contre l'épidémie qui ravage le pays, en attendant une potentielle action des nations européennes.

Des prisons qui se vident pour freiner la propagation

La surpopulation dans les prisons iraniennes inquiétait fortement les autorités et les observateurs internationaux. Au total, environ 85.000 détenus ont pu retrouver une liberté provisoire de manière à éviter une propagation massive dans les prisons du pays. Cependant, seules les personnes qui avaient été condamnées à moins de cinq ans de prison ont été libérées.

Plus de 7000 personnes avaient déjà pu quitter les prisons début mars. Mais le rapporteur de l’ONU sur les droits de l’homme en Iran, Javaid Rehman, avait alors demandé plus d'actions de la part des autorités pour éviter de s’empêtrer dans une crise sanitaire plus grave encore dans les établissements pénitentiaires.