Longtemps épargnées par le coronavirus, les autorités syriennes ont annoncé ce dimanche une première contamination. La Syrie, qui entre cette année dans sa dixième année de guerre, inquiète les observateurs internationaux quant à une potentielle propagation éclair du virus dans certaines régions. Dans la province rebelle d'Idleb, dans le nord-ouest du pays, où plus de 3 millions de personnes sont prises au piège, l'ombre d'une réelle catastrophe humanitaire plane.

Depuis le début de l'épidémie de coronavirus en décembre, le régime syrien de Bachar Al-Assad n'avait déclaré aucun cas de coronavirus alors que ses voisins, comme l'Irak, le Liban ou encore la Turquie, avaient tous indiqué être frappés par le virus, qui a déjà tué 15.308 personnes et contaminé plus de 340.000 individus à travers le monde.

Toutefois, la Syrie a confirmé dimanche avoir détecté un premier cas de contamination, en précisant qu'il s'agissait d'une personne arrivée de l'étranger. Une jeune femme âgée de 20 ans. Elle a été placée en isolement et fera l'objet d'un suivi médical, a indiqué Nizar al Yaziji, ministre de la Santé syrien. Les autorités ont également pris la décision ce dimanche de suspendre les transports publics après avoir mis en place des mesures de confinement la semaine dernière, avec la fermeture des écoles, des parcs et des restaurants.

Ces dernières semaines, plusieurs informations avaient circulé, rapportant des cas plus nombreux de contaminations, sans cependant avoir été confirmées.

Idleb: la guerre et la peur de l'épidémie

En cette période de pandémie de coronavirus, une région craint plus que les autres la propagation du virus. La province d'Idleb, dans le nord-ouest du pays, est le théâtre depuis plusieurs mois de conflits entre le régime de Bachar Al-Assad, soutenu par la Russie, et les rebelles qui contrôlent la région, épaulés par la Turquie. Selon les Nations-Unies, plus de 900.000 personnes auraient déjà fui les combats et bombardements depuis le mois de décembre. Dans une région rongée par la guerre, qui centralise actuellement plus de 3 millions de personnes, et où les services de santé et infrastructures médicales sont ravagés par les bombardements, la peur d'une propagation fulgurante du nouveau coronavirus est dans tous les esprits.

"Le système de santé fragile pourrait ne pas être en mesure de détecter et de répondre à une épidémie", a expliqué dimanche à l’AFP Hedinn Halldorsson, un porte-parole de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), s'inquiétant de la situation actuelle dans la région.

Selon l'Unicef, des centaines de milliers de personnes risquent également de contracter le virus dans cette région, en raison notamment des pénuries d'eau.

Dans l'incapacité de pouvoir apporter son soutien via les régions occupées par le régime Bachar Al-Assad, l'Organisation mondiale de la santé a indiqué qu'elle aidait néanmoins les populations du nord-ouest par le biais de la frontière turque. "Des équipes médicales sont en cours de formation et les laboratoires d’Idleb et Ankara sont en train d’être préparés et approvisionnés pour tester et diagnostiquer le virus en toute sécurité", a précisé le porte-parole.

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Des dépistages au Covid-19 bientôt disponibles

Pour prévenir au mieux une éventuelle vague de contaminations dans cette région si fragile, l'OMS a décidé d'agir en mettant des kits de dépistage à disposition de la population locale. "Quelque 300 kits de diagnostic Covid-19 doivent être livrés mercredi à un laboratoire dans la ville d'Idleb, a affirmé Hedinn Halldorsson. " Les tests devraient commencer peu de temps après", a-t-il ajouté.

L'organisation a d'ores et déjà déclaré qu'elle envisageait de livrer 2000 tests supplémentaires dès que possible, alors qu'une livraison spéciale d'équipements de protection, dont 10.000 masques chirurgicaux et 500 masques respiratoires, devrait arriver cette semaine.