Le président iranien avait un choix cornélien face à lui : privilégier la santé publique ou éviter un effondrement économique. Hassan Rohani a opté mercredi pour une relance de l'économie du pays, aux abois à cause notamment de la rigueur de l'embargo américain.

"Bien sûr, nous ne voulons pas de nouvelles victimes du coronavirus mais, en même temps, nous ne voulons pas que des gens meurent de faim", a déclaré M. Rohani mercredi. Et d'ajouter : "Avant, la lutte se faisait en restant chez soi. Aujourd’hui, elle se fait en reprenant les activités économiques. Nous n’avons pas d’autre voie face à nous".

Le gouvernement a donc prévu de lever son confinement et d'assouplir les mesures en trois phases. Tout d'abord, à partir de ce samedi, deux tiers des activités "à faible risque" pourront reprendre en province. Une semaine plus tard, cette autorisation sera accordée dans la capitale, Téhéran. La troisième phase permettra une reprise des activités dans les lieux de culte, les infrastructures sportives, les salles de fête et les salons de coiffure.

Dans les faits, cependant, de nombreux travailleurs n'ont pas attendu cette autorisation. Face à des pertes de revenus, un besoin de se nourrir et des factures (eau, gaz, électricité) qui s'accumulent, ils avaient déjà rouvert les boutiques. D'autant que la population active en Iran est constituée en majorité de petits indépendants. "Beaucoup de ces sociétés ne sont pas enregistrées auprès du gouvernement et donc l’Etat n’a aucun moyen pour les aider, contrairement aux familles qui reçoivent tous les mois une allocation", explique, au quotidien Le Monde, Djavad Salehi-Isfahani, professeur d’économie à l’université américaine Virginia Tech. "Si l’Etat opte pour le confinement, ces petites entreprises vont s’écrouler."

Le veto américain

Hassan Rohani a exhorté mercredi le Fonds monétaire international à octroyer à son pays un prêt urgent de cinq milliards de dollars qu'il avait demandé pour lutter contre la pandémie. "Nous sommes un membre du FMI (...). S'il devait y avoir discrimination entre l'Iran et d'autres pour l'octroi de crédits, ni nous ni l'opinion en général ne tolèrerait cela. S'ils ne remplissent pas leurs obligations dans cette difficile situation, le monde les jugera différemment", a-t-il déclaré.

L'Iran avait annoncé le 12 mars en avoir appelé à la responsabilité du FMI, à qui, de manière très exceptionnelle, Téhéran dit avoir demandé de l'aide face au nouveau coronavirus.

L'économie iranienne est durement touchée depuis le rétablissement des sanctions américaines après le retrait unilatéral en 2018 de Washington de l'accord international sur le programme nucléaire de Téhéran conclu trois ans plus tôt.

Et, l'administration Trump qui mène une campagne de "pression maximale" de Washington contre l'Iran, use de son droit de veto pour bloquer l'octroi d'un crédit à Téhéran, arguant que la République islamique utiliserait les fonds pour développer un programme nucléaire militaire et soutenir des milices en Irak.

"Cela restera dans l'Histoire que la Maison Blanche est non seulement engagée dans le terrorisme économique, mais l'est désormais aussi dans le domaine de la santé", a dénoncé le président iranien.

Les sanctions américaines asphyxient l'économie iranienne. Sur le papier, les biens humanitaires (médicaments, équipements médicaux notamment) échappent aux restrictions. Mais en réalité ils sont soumis au blocus américain, les banques internationales préférant généralement refuser une transaction impliquant l'Iran, quel que soit le produit concerné, plutôt que de courir le risque de s'exposer à des représailles des Etats-Unis.

L'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, encore parties à l'accord nucléaire, ont récemment indiqué avoir livré du matériel médical à l'Iran dans le cadre du mécanisme de troc Instex permettant de contourner les sanctions américaines, utilisé pour la première fois.

La crainte d'une deuxième vague

La relance économique fait craindre le pire dans les hôpitaux, principalement à Téhéran. Alors que la situation tendait à se stabiliser ces derniers jours, la levée du confinement pourrait entraîner une deuxième vague de patients dans les services de soins. "Nous sommes inquiets de cette reprise de l’activité qui peut conduire à un retour à la période catastrophique du début mars", indique un médecin au Monde. A ce moment-là, l'épidémie ne parvenait pas à être maîtrisée et le système de santé était saturé, causant une catastrophe sanitaire.

Officiellement, l'Iran affirme que, jusqu'à présent, le nouveau coronavirus a tué près de 4.000 personnes et atteint plus de 64.500 à travers le pays. Mais le pays est connu pour cultiver l’opacité. A l'étranger, beaucoup s'interrogent sur les chiffres publiés par les autorités, qu'ils soupçonnent d'être sous-estimés. Le pays est d'ailleurs considéré comme le foyer du virus au Moyen-Orient.

(avec AFP)