Pyongyang se sert du retour sur son sol d'un transfuge nord-coréen pour imputer à Séoul la présence du coronavirus, après l'avoir niée pendant des mois, estiment lundi des analystes.

Le régime nord-coréen a imposé un confinement à la ville de Kaesong, proche de la frontière avec le Sud, après avoir annoncé y avoir identifié un cas "suspecté" de Covid-19 chez un transfuge récemment revenu au Nord en franchissant la Zone démilitarisée (DMZ) coupant la péninsule en deux, ont rapporté ce week-end les médias nord-coréens.

Pendant des mois, le Nord a soutenu que le coronavirus ne s'était pas propagé sur son sol, quand bien même la pandémie est apparue chez son voisin chinois, son premier soutien diplomatique et économique. Une affirmation dont doutaient les experts.

Des experts estiment probable que le coronavirus était déjà présent en Corée du Nord, mais que le régime cherche à imputer à Séoul, plutôt qu'à l'allié chinois, la responsabilité de la propagation du Covid-19 sur son sol.

Lundi, des responsables sud-coréens ont fait savoir que la personne soupçonnée d'être le transfuge repassé au Nord n'avait jamais été diagnostiquée positive au coronavirus au Sud, ni identifiée comme ayant été en contact de cas confirmés.

Séoul a été salué par de nombreuses capitales étrangères pour sa réponse très efficace lors de l'apparition de l'épidémie, avec une stratégie très aggressive de dépistages. Plus de 1,5 million de tests ont été réalisés au Sud.

Accepter l'aide du Sud 

"La Corée du Nord pourrait chercher à utiliser le retour de ce transfuge pour écarter sa responsabilité dans une épidémie qui existe déjà (..)", a déclaré la spécialiste de la Corée du Nord Rachel Lee, une ancienne employée de l'administration américaine.

"Elle pourrait s'en prendre aux carences de la surveillance sud-coréenne de la frontière", a-t-elle dit à l'AFP. "Elle pourrait même accuser la Corée du Sud d'avoir délibérément envoyé le transfuge au Nord pour qu'il y dissémine le virus."

Duyeon Kim, experte des questions coréennes à l'International Crisis Group, ajoute qu'en faisant porter le chapeau à Séoul, Pyongyang "peut désormais légitimement et ouvertement accepter l'aide du Sud".

Le Nord "peut en outre envoyer un message sur les transfuges en les présentant encore plus comme des ennemis de l'Etat", a-t-elle ajouté dans un tweet.

Pyongyang a l'habitude de vilipender les personnes passées au Sud et qui envoient au Nord des tracts de propagande contre le régime nord-coréen. Ces actions ont contribué à crisper encore plus les relations intercoréennes.

11 retours connus en cinq ans

Il est extrêmement rare que des Nord-Coréens passés au Sud retournent dans leur pays d'origine, où ils risquent de graves représailles pour avoir fui, selon les organisations de défense des droits de l'Homme.

Le ministère sud-coréen de l'Unification dit n'avoir que 11 exemples de Nord-Coréens repassés au Nord ces cinq dernières années.

Et il est encore plus rare qu'ils le fassent au travers de la Zone démilitarisée qui, contrairement à ce que son nom indique, est une des zones les plus militarisées au monde, avec champs de mines, postes de garde et barbelés.

Mais l'armée sud-coréenne a indiqué qu'elle pensait qu'un transfuge était repassé au Nord en traversant l'estuaire du fleuve Han depuis l'île de Ganghwa.

Il n'a pas été officiellement identifié, mais certains médias estiment qu'il s'agit d'un homme de 24 ans qui était arrivé en 2017 dans le Sud, déjà en traversant un fleuve à la nage. Ils affirment qu'il est l'objet d'une enquête pour viol au Sud.

Le mois dernier, cet homme était apparu sur une chaîne YouTube animée par un autre transfuge. Il avait raconté qu'il lui avait fallu sept heures pour traverser la frontière à la nage quand il était passsé au Sud.

Dans l'interview, il avait dit avoir ensuite "pleuré pendant 10 jours" en pensant à sa famille au Nord.

Deux personnes qui avaient récemment été en contact avec lui ont subi des tests dimanche, mais aucune n'était porteuse du coronavirus, a déclaré Yoon Tae-ho, un haut fonctionnaire sud-coréen.

Le système de santé nord-coréen est notoirement mal équipé pour faire face à une épidémie. Pyongyang avait été fin janvier le premier pays au monde à fermer ses frontières pour se protéger de l'épidémie.