"Au moins cinq de nos membres ont été tués et plus de dix blessés" cette semaine, a déclaré un porte-parole de la Chinland Defence Force (CDF), une milice constituée dans la ville de Mindat, devenue un point névralgique de l'agitation dans l'État occidental de Chin.

Selon ce porte-parole, qui ne souhaite pas être identifié, cinq habitants de Mindat ont également été arrêtés par l'armée.

Le pays est en ébullition depuis que les généraux birmans ont renversé le gouvernement élu d'Aung San Suu Kyi le 1er février, déclenchant un soulèvement massif que les autorités ont cherché à réprimer par la force.

Des rebelles ont créé des milices locales équipées d'armes artisanales pour protéger leurs villes contre les forces de sécurité, qui ont tué au moins 790 civils selon un groupe de surveillance local.

Les données mobiles étant bloquées dans tout le pays, les informations sur les combats mettent du temps à sortir, et la vérification sur le terrain est rendue plus difficile, les habitants craignant les représailles.

Le porte-parole de la CDF a déclaré à l'AFP que les combattants de la milice avaient mis le feu à plusieurs camions de l'armée et tendu une embuscade aux troupes venues en renfort, tandis que les militaires avaient attaqué la ville à l'artillerie.

Dimanche, les CDF s'étaient retirées dans la jungle, a-t-il dit. "Mais nous reviendrons bientôt attaquer", a-t-il affirmé. "Nous n'avons que des armes artisanales. Ce n'était pas suffisant".

Il a ajouté que les habitants restés à Mindat - sous la loi martiale depuis jeudi - avaient peur de sortir de chez eux par crainte d'être pris pour cible par les militaires.

Les ambassades des États-Unis et du Royaume-Uni ont appelé samedi les forces de sécurité à cesser les violences dans la ville de plus de 40.000 habitants. "L'usage par l'armée d'armes de guerre contre des civils, y compris cette semaine à Mindat, est une nouvelle démonstration des extrémités auxquelles le régime est prêt à s'abaisser pour se maintenir au pouvoir", a dénoncé l'ambassade américaine dans un tweet samedi.

L'ambassade britannique a elle jugé que la violence à Mindat "ne peut être justifiée". "Les preuves d'atrocités doivent être envoyées au (mécanisme d'enquête indépendant des Nations unies pour la Birmanie) afin que les auteurs puissent être tenus responsables", a-t-elle tweeté.

Le journal d'État New Light of Myanmar a rapporté dimanche qu'un tribunal militaire serait convoqué pour juger les "auteurs d'attaques terroristes" à Mindat.

Le pape appelle à la paix dans une messe pour la Birmanie

Le pape François a célébré dimanche une messe en l'honneur de la Birmanie, réitérant ses appels à la paix et à la fin de la violence au quatrième mois de la répression sanglante de la junte contre les civils.

La messe dans la basilique Saint-Pierre au Vatican intervient après plusieurs appels à la paix lancés au cours des derniers mois par François, qui s'était rendu en Birmanie en novembre 2017, ce voyage étant la première visite papale dans une nation à majorité bouddhiste.

Dans son homélie, le pontife argentin a évité de dénoncer ouvertement le régime militaire birman qui a renversé le gouvernement élu d'Aung San Suu Kyi le 1er février, appelant plutôt les fidèles à être "fermes dans la vérité", les exhortant à ne pas perdre espoir.

"Chers frères et soeurs, en ces jours où votre pays bien-aimé, la Birmanie, connaît la violence, le conflit et la répression, demandons-nous : qu'est-ce que nous sommes appelés à garder ? En premier lieu, à garder la foi", a-t-il déclaré.

François a lancé un appel à l'unité, qualifiant la division entre les communautés et les peuples de "maladie mortelle". "Je sais que certaines situations politiques et sociales sont plus grandes que nous. Pourtant, l'engagement pour la paix et la fraternité vient toujours d'en bas : chaque personne, dans les petites choses, peut jouer son rôle".

"Au milieu de la guerre, de la violence et de la haine, la fidélité à l'Évangile et le fait d'être des artisans de paix demandent un engagement, également à travers des choix sociaux et politiques, même au risque de notre vie", a-t-il ajouté.