La Turquie poursuit son offensive en Syrie. Au moins 23 combattants des forces kurdes ont déjà été tués. Au Conseil de sécurité de l’Onu, les 5 pays européens appellent à la fin de l’offensive.

En moins de deux jours, les tirs d’artillerie lourde et les frappes aériennes turques ont fait plus de 60 000 déplacés "fuyant les secteurs à la frontière, en particulier les zones de Ras al-Aïn et Derbassiyé", d’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Ces déplacés se dirigent vers la ville syrienne d’Hassaké, plus à l’est, précise l’ONG.

L’opération militaire, baptisée "Source de paix" par le président turc Recep Tayyip Erdogan, vise à affaiblir les forces kurdes armées du nord de la Syrie, et notamment les YPG, qu’il considère comme une menace terroriste aux portes de la Turquie.

Exode

Juchés sur des camionnettes, emportant avec eux frigidaires, bonbonnes de gaz, matelas et gros sacs de jute bourrés d’affaires, des femmes et des enfants sont arrivés dans la ville de Tall Tamr, plus au sud et épargnée par les combats, a constaté un correspondant de l’AFP sur place.

Le ministère de la Défense turc a affirmé jeudi que l’opération avait été "menée avec succès durant la nuit, dans les airs et au sol". Des "cibles désignées" ont été "capturées", a-t-il souligné sur Twitter, sans plus de précisions.

Les forces turques ont conquis sept villages près de Ras al-Aïn et de Tal Abyad, d’après l’OSDH.

"Désastre humanitaire"

D’après les médias turcs, la Turquie envisage de prendre le contrôle de la bande entre Ras al-Aïn et Tal Abyad, longue de 120 kilomètres et profonde d’une trentaine de kilomètres.

"De violents affrontements" se sont déroulés jeudi dans ces zones, d’après un responsable des Forces démocratiques syriennes (FDS), alliance de combattants kurdes et arabes dominée par les YPG.

Depuis mercredi, au moins 23 combattants des forces kurdes et 9 civils ont été tués par les frappes aériennes et les tirs d’artillerie de l’armée turque, selon l’OSDH. Pour Ankara, l’offensive doit permettre la création d’une "zone de sécurité" où pourront être installés une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens vivant sur son territoire.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a menacé jeudi d’ouvrir les portes de l’Europe à des millions de réfugiés en réponse aux critiques européennes contre l’offensive.

L’offensive, menée en coopération avec une coalition d’ex-rebelles financée et entraînée par Ankara (voir ci-dessous), est la troisième de la Turquie en Syrie depuis 2016.

Elle ouvre un nouveau front dans un conflit qui a fait plus de 370 000 morts et des millions de déplacés depuis 2011.

L’offensive a été condamnée par plusieurs pays occidentaux, qui craignent l’incertitude quant au sort des milliers de djihadistes prisonniers des FDS. Selon l’administration semi-autonome kurde, des bombardements turcs ont touché mercredi une prison abritant des djihadistes étrangers.

"Ce risque d’aider Daech à reconstruire son califat, c’est la responsabilité que prend la Turquie", a dénoncé jeudi Emmanuel Macron.