L’accord prévoit des patrouilles communes le long de la frontière avec la Turquie et signe la fin de l’appui américain dans le nord-est à majorité kurde.

La Russie et la Turquie se sont mises d’accord mardi soir pour préserver les avancées de l’armée turque en territoire syrien et entamer des patrouilles communes de part et d’autre de cette zone afin d’éviter des infiltrations des Forces démocratiques syriennes (FDS), l’alliance arabo-kurde jusqu’ici soutenue par les Etats-Unis.

Cet accord a été conclu après six heures de négociations serrées à Sotchi entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan. "Nous avons signé un mémorandum historique avec Poutine pour l’intégrité politique et territoriale de la Syrie et le retour des réfugiés”, s’est félicité Erdogan au cours d’une conférence de presse commune.

En conséquence, Ankara a, dans la nuit de mardi à mercredi, annoncé la suspension de son opération « Source de Paix ».

La frontière du Rojava sous contrôle

L’accord signe la fin de l’intervention américaine dans le dossier syrien, déjà symbolisée par le retrait de l’essentiel de ses forces spéciales, et la reprise en mains par la Russie et par la Syrie de cette région à majorité kurde, où une expérience inédite d’autonomie avait été entamée avec succès en 2013.

M.Poutine revient d’un voyage en Arabie Saoudite et, avec cet accord, il impose le retour de la Russie comme l’un des acteurs importants du Moyen-Orient. De son côté, M.Erdogan ancre davantage la Turquie, pourtant membre de l’Otan, dans un espace économique et militaire qui inclut la Russie.

Le premier point de l’accord russo-turc est le respect de l’intégrité territoriale de la Syrie, une revendication de Damas et de Moscou. Le deuxième est que les deux pays s’engagent à combattre le terrorisme « sous toutes ses formes » mais aussi « le séparatisme » qu’est censé incarner le Parti de l’Union démocratique (PYD), le parti à majorité kurde syrien qu’Ankara associe au PKK turc dans la catégorie des « groupes terroristes ». Le PYD n’a jamais revendiqué l’indépendance kurde et prône au contraire une autonomie au sein d’une Syrie fédérale.


La police militaire russe en patrouille

L’accord prévoit aussi que la police militaire russe et les gardes-frontières syriens vont se déployer le long de la frontière ce mercredi et, pendant les 150 heures qui viennent, inciter les FDS à se retirer ainsi que leurs armes à 32 km de la frontière.

Une fois cet objectif accompli, les forces russes et turques vont faire des patrouilles communes à l’est et à l’ouest de la zone où l’armée turque et ses milices se sont enfoncées en territoire syrien, sur une profondeur de 10km.

La zone où l‘armée turque a lancé ses troupes et milices est longue de 120 km, entre les localités de Tal-Abyad et Ras al-Aïn,

La trêve dans les combats, initiée par les Etats-Unis, devait se terminer mardi à 21h.

Il n’y a pas eu de réaction dans l‘immédiat des FDS à l’annonce de l’accord russo-turc. Mais on sait qu’une délégation russe se trouvait mardi à Qamishli, la principale ville du nord de la Syrie, collée à la frontière. La ville de Qamishli, où se trouvent les instances politiques de la région autonome, est exclue du mémorandum. En principe, c’est l’armée syrienne qui devrait patrouiller à la frontière comme le prévoit un accord entre les Kurdes et Damas. L’armée syrienne a toujours gardé durant la guerre une base à Qamishli, où elle tient l’aéroport local.

L’offensive est suspendue

« Notre foi dans l’humanité de la communauté internationale est perdue », a déclaré le Croissant rouge kurde dans une déclaration publiée avant l’annonce de l’accord. Selon l’organisation de secours, près de 200 000 civils ont fui l’offensive turque tandis que près de 500 000 n’ont plus d’eau courante depuis une semaine. Le Croissant rouge kurde estime aussi que 21 civils ont été tués, et 27 blessés, durant la trêve. Il souligne aussi que deux camps, abritant notamment des familles issues du califat de l’Etat islamique, ceux de Ain Issa et de Mabrouka, ont été évacués.

Dans la nuit de mardi à mercredi, la Turquie a annoncé qu'elle ne reprendrait pas son offensive militaire contre les forces kurdes car ces dernières se sont retirées des zones frontalières, conformément à l'accord arraché il y a cinq jours par le vice-président américain Mike Pence. "A ce stade, il n'existe pas de besoin de mener une nouvelle opération", a fait savoir le ministère turc de la Défense dans un communiqué.

© AFP