C’est vers 18 h 20, heure de Beyrouth (17 h 20 en Belgique), que deux puissantes explosions successives ont secoué toute la capitale jusqu’à plusieurs dizaines de kilomètres aux alentours. Très vite, des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent une première explosion suivie d’une autre qui provoque un véritable champignon de fumée dans le ciel libanais, emportant tout sur son passage.

"J’étais tranquillement assise dans mon salon qui surplombe la marina de Beyrouth et d’un coup toute la baie vitrée qui borde l’appartement a explosé, les plafonds sont descendus, les meubles, tout est parti", raconte dans un sanglot Maha, complètement sous le choc. "Dieu merci, avec mon mari nous étions à l’intérieur, tous les balcons ont explosé aussi, mais nous avons eu de la chance, ce ne sont que des dégâts matériels", poursuit-elle. D’autres évoquent "comme un tremblement de terre" suivi d’une énorme déflagration.

Entendu jusqu’à Chypre

La puissance des explosions a été telle que le souffle a été ressenti à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde, y compris en dehors de la capitale. Le bruit de l’explosion a même été entendu à Chypre, situé à 200 km des côtes libanaises.

Le secteur du port, où s’est produite la double explosion, n’offre plus qu’un spectacle de désolation, semblable à une zone de guerre. Toutes les infrastructures portuaires sont dévastées. Les gigantesques silos à grains situés sur le port ont été complètement soufflés, les grues servant à décharger les navires sont à terre, les conteneurs, explosés. Toutes les marchandises importées, entreposées au port, sont parties en fumée, alors que le Liban est déjà économiquement à genoux.

Au-dessus du port, des hélicoptères tentent d’éteindre avec leurs faibles moyens un incendie qui s’est déclaré et menace des réservoirs de gaz situés à proximité. Le Liban ne dispose pas d’équipements adaptés à ce genre de catastrophe.

L’autoroute qui longe le port est couverte de débris et de voitures soufflées par la puissance des explosions. Certains véhicules ont été complètement écrasés, d’autres gisent, retournés, sur l’asphalte. Après s’être rendu très vite sur le lieu de l’explosion, le mohafez (préfet, NdlR) de Beyrouth, parle d’une "ville dévastée".

La crainte d’un lourd bilan humain

Les premiers bilans, selon le ministère de la Santé, faisaient état à 22 heures locales de plus de 50 morts et 3 000 blessés, un chiffre qui devrait sans aucun doute s’alourdir au cours de la nuit. Dans toute la ville, les sirènes des ambulances et des camions de pompiers ne cessent de résonner. Les blessés affluent par centaines dans les hôpitaux de la ville et des banlieues environnantes, qui sont complètement submergés par la catastrophe. Certains établissements, débordés, soignent les blessés sur les parkings. La plupart des victimes souffrent de blessures provoquées par des éclats de verre, d’autres sont atteintes beaucoup plus gravement, notamment celles qui se trouvaient dans les quartiers limitrophes du port. De nombreuses personnes sont encore coincées sous les décombres et attendent toujours que les secours, submergés, parviennent à les extraire.

Tous les scénarios circulent

Dans un premier temps, la plupart des Libanais ont d’abord pensé à un attentat visant une personnalité politique, guettant sur les écrans de télévision les dernières nouvelles. Ce drame intervient en effet alors que le Tribunal spécial pour le Liban doit dévoiler vendredi son jugement concernant l’attentat qui avait coûté la vie à l’ex-Premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005. Sur les réseaux sociaux, de fausses informations ont aussi circulé relatant une probable attaque israélienne, alors que les tensions entre le Hezbollah et l’État hébreu sont maximales ces dernières semaines. Des suppositions démenties par Israël dans la soirée.

D’après les premières informations qui ont filtré de source sécuritaire, il s’agirait d’une cargaison de nitrate d’ammonium, une matière hautement explosive, qui était entreposée là depuis douze ans, après avoir été déchargée d’un navire qui menaçait de couler. Négligence ou simple malchance mardi soir, l’enquête le dira probablement dans les jours qui viennent.