Asie

Le rejet contrôlé de plus d'un milliard de litres d'eau radioactive semble l'option "la plus réaliste" à ce stade, selon certains experts nucléaires. Mais la mer à l'est de la Corée pourrait être gravement polluée. Le manque de transparence des autorités japonaises sur le sujet irrite.


L'annonce faite vendredi par Tokyo Electric Power Company (Tepco), opérateur de la centrale nucléaire de Fukushima, a donné des sueurs froides à Séoul. L'ONG Greenpeace, par l'intermédiaire de sa représentante en Corée Chang Mari, a virulemment réagi en exhortant "la communauté internationale à stopper le gouvernement japonais". "C’est un problème qui concerne le monde entier" , a-t-elle ajouté.

La situation actuelle fait suite à un événement survenu peu après la catastrophe de mars 2011 : après que les cœurs des trois réacteurs de la centrale étaient entrés en fusion, de l’eau radioactive avait fui d’un réacteur endommagé et s'était mélangée à l’eau des nappes phréatiques.

Pour pallier ce problème, l'opérateur Tepco avait rapidement pris la décision de stocker toute cette eau contaminée. Et cela fait maintenant huit ans que la situation dure. En effet, à en croire un rapport de l'Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) datant de 2015 , "le traitement et l'entreposage de l'eau sont apparus, dès les premières semaines qui ont suivi l’accident, comme des enjeux importants de la reprise du contrôle des installations afin de maîtriser les rejets dans l’environnement" .

Des employés de Tepco devant des citernes de stockage d'eau contaminée.
Des employés de Tepco devant des citernes de stockage d'eau contaminée. © Reporters

Filtrer et stocker l'eau radioactive, un casse-tête

Problème, toutefois : d'ici l'été 2022, la place viendra à manquer. Actuellement, ce sont près de 1 400 tonnes d'eau qui sont récupérées chaque semaine sous la centrale. Au total, plus d'1 million de tonnes d'eau (soit environ un milliard de litres) ont déjà été stockées, pour une capacité maximale de 1.37 million de tonnes.

Le même rapport précédemment cité faisait état de la difficulté pour Tepco de gérer la situation, l'opérateur ayant simultanément décidé aux alentours de 2015 "d'augmenter ses capacités d’entreposage à un rythme élevé, tout en réalisant un traitement complet des eaux entreposées ". Insuffisant dans le futur, face au flot constant d'eau à récolter. En outre, malgré la filtration de l'eau, de nombreux indicateurs montrent que les technologies de décontamination ne sont pas au point. Greenpeace avait déjà alerté en début d'année sur les conséquences d'un rejet dans l'océan pour la Corée du Sud et d'autres pays proches.

Plusieurs alternatives, aucune solution miracle

Face à ce problème latent, les autorités japonaises ont mandaté un groupe d'experts chargé d'avancer des solutions. Plusieurs alternatives ont ainsi été mises en avant, parmi lesquelles l’injection souterraine et la vaporisation de l’eau radioactive. Autre possibilité : le stockage à long terme. Il faudrait alors sans doute sécuriser un périmètre supplémentaire autour de la centrale afin d'y construire de nouveaux réservoirs. C'est cette possibilité qui a les faveurs de l'ONG Greenpeace.

Selon Chang Mari, de Greenpeace, "il faudra dix-sept ans pour que cette contamination radioactive soit assez diluée pour atteindre un niveau sûr" .