Asie

Tous les vols sont annulés. Tous les passagers sont appelés à quitter les terminaux le plus rapidement possible.” C’est une décision rarissime. À 16 h 50 locales, lundi, l’aéroport de Hong Kong a été fermé au trafic passagers et cargo en raison de la présence de près de 5 000 manifestants qui continuent de défier le pouvoir local pro-Pékin et de réclamer l’annulation d’une loi autorisant l’extradition vers le continent. Certains vols internationaux ont pu toutefois atterrir, avant que le trafic soit mis à l’arrêt.

Avec 74,7 millions de passagers l’an dernier, l’aéroport de Hong Kong est le huitième plus animé du monde et, en 2010, il a détrôné Memphis à la première place des aéroports pour le transport cargo. Plus de 73 000 personnes y travaillent.

Son histoire est étroitement liée à l’ancienne colonie britannique. Le premier décollage y fut réalisé par l’aviateur liégeois Charles Van Den Born à bord d’un biplan Farman en 1911. Mais le complexe actuel fut ouvert en 1998, un an après la rétrocession du territoire à la Chine.

C’est ce lien à la Chine qui est à nouveau en jeu et que Pékin redoute. En 1997, l’accord avec le Royaume-Uni supposait le respect du principe “Un pays, deux systèmes”. Les accords ont prévu de doter Hong Kong, pendant 50 ans, de son propre système légal, de la liberté de parole et de réunion, ce qui fait qu’à Hong Kong, on commémore encore chaque année la répression sanglante de la place Tian’anmen en 1989 alors que le silence reste de rigueur à Pékin. Selon une étude de l’université de Hong Kong, seulement 11 % des citoyens se considèrent comme “Chinois”, les autres, y compris les jeunes, affirment avoir une identité locale.

Une liberté qui s’érode petit à petit

Cette liberté scellée par le pacte sino-britannique s’érode petit à petit, la Chine intervenant progressivement dans l’ancienne colonie pour imposer sa loi et ses règles. Cinq libraires ont ainsi disparu de Hong Kong avant de réapparaître en Chine, sous mandats d’arrêt.

Si on ne continue pas de descendre dans la rue, notre avenir sera de plus en plus effrayant et nous perdrons nos libertés”, a déclaré à l’AFP une manifestante de l’aéroport. Les manifestants réclament la démission de Carrie Lam, la cheffe du gouvernement pro-Pékin, et l’élection au suffrage universel d’un successeur. Jusqu’ici, la désignation passe par un processus sous contrôle de Pékin, avec la participation de seulement 6 % des électeurs.

La manifestation est jusqu’ici pacifique à l’intérieur de l’aéroport, mais des incidents se sont déroulés en ville. La police a lancé des gaz lacrymogènes dans le métro pour déloger les manifestants. Ces derniers répliquent avec des briques.

Comment les autorités chinoises, traumatisées par Tian’Anmen, vont-elles réagir à ce mouvement de contestation ?

Lundi, Yang Guang, le porte-parole à Pékin du Bureau des affaires de Hong Kong et de Macao, a dénoncé la radicalisation des manifestants, y voyant “des premiers signes de terrorisme”. Mais la plupart des experts ne croient pas à une intervention militaire comme ce fut le cas à Tian’anmen.

Il ne faut pas oublier que le gouvernement chinois est mû par son intérêt et que l’intérêt personnel des dirigeants chinois est lié au maintien de la stabilité économique à Hong Kong”, déclare à l’AFP Wu’er Kaixi, ancien dirigeant étudiant du mouvement de Tian’anmen, depuis Taiwan où il vit en exil. “Je pense qu’ils ont appris la leçon que le prix du recours à l’armée est très élevé.”

Interrogé aux États-Unis par le quotidien Le Monde, Kevin Rudd, ancien Premier ministre travailliste d’Australie, partage la même réticence : “Dans la hiérarchie des priorités de Pékin, Hong Kong fait partie de la deuxième priorité, l’unité nationale, mais une intervention abîmerait la légitimité du parti, qui est la priorité première, et mettrait en danger l’économie – la troisième priorité”, dit-il.

La Chine pourrait avoir recours à d’autres tactiques. Les manifestants affirment notamment que des policiers se sont infiltrés dans leurs rangs.