La Chine avait annoncé, il y a moins de deux semaines, vouloir construire un hôpital dans la région de Wuhan pour accueillir les patients atteints du coronavirus. Aujourd’hui, le défi est relevé. L'hôpital, nommé Huoshenshan, est sorti de terre ce lundi matin et un second est en cours de construction. Comme à son habitude, la Chine a parfaitement huilé sa communication de crise. Mais avec ces projets pharaoniques, quel message veut-elle réellement envoyer au reste du monde ? Décryptage avec Tanguy Struye de Swielande, professeur à l'UCL et chercheur au Centre des crises et conflits internationaux (CECRI). Interview.

Construire un hôpital en si peu de temps, est-ce avant tout une opération de communication de la part de la Chine ?

D’une part, ils veulent montrer qu’ils prennent la menace au sérieux et qu’ils sont capables de prendre les mesures nécessaires pour faire face au coronavirus. D’autre part, en construisant un hôpital en 10 jours et en donnant accès aux images de la construction en direct, ils démontrent au monde que la Chine est tout à fait à la hauteur de la menace. C’est évidemment lié aussi à la réputation et au statut international de la Chine.

Pensez-vous qu’au-delà de la gestion de crise, ce genre de projet ultra-ambitieux serve avant tout à rassurer l’opinion publique quant à la gestion du coronavirus ?

Le but est évidemment de montrer, en particulier aux Chinois, que le pouvoir a pris les choses en main. Les autorités avaient été critiquées pour leur gestion au début de la crise du coronavirus, particulièrement dans la province de Wuhan. Mais à présent, il y a clairement une volonté, avec les vidéos d’avancement des travaux par exemple, de montrer à l’opinion publique chinoise que les choses bougent.

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Pensez-vous que ces constructions sont aussi pensées pour répondre aux inquiétudes des investisseurs chinois et internationaux ?

Oui, je pense que c’est clairement un moyen de rassurer les investisseurs. Mais honnêtement, je ne sais pas si cela va servir à grand-chose. On voit que le virus touche l’économie mondiale, et je ne crois pas que les images de la construction d’hôpitaux suffiront pour calmer la panique générale au niveau économique. On est plutôt ici dans une logique où l’on doit gérer les conséquences du virus, sans savoir pour l'instant si ça aura vraiment un impact sur le long terme au niveau économique.

Est-ce que le précédent virus Sras de 2003 permet d’expliquer l’actuelle gestion chinoise de la crise ?

Il ne faut pas oublier que la Chine a largement évolué depuis le Sras. La Chine de 2020 a beaucoup plus de moyens et énormément de main d’œuvre - 4000 ouvriers ont travaillé jour et nuit pour terminer la construction de l'hôpital en seulement 10 jours - pour faire face au problème. Le souci avec ce genre de crise, c’est qu’il y a une multitude de choses qu’on ne sait pas gérer à l’origine et pour lesquelles il faut souvent rattraper le coup plus tard. Mais il faut bien avouer que pour l’instant, que ce soit au niveau de l’image qu’elle renvoie ou de son statut, la Chine essaye de montrer au maximum qu’elle est à la hauteur.