Le feu vert donné par le président Trump à une intervention turque dans le nord de la Syrie est « une trahison », réagit Ilham Ahmed, une haute responsable des Kurdes de Syrie qui est justement de passage à Bruxelles ce lundi.

« Nous vivons un moment très difficile », dit-elle. « Nous avons protégé tout le monde (en combattant Daech, ndlr). La lâcheté avec laquelle on nous laisse tomber fait très mal. C’est une trahison », dit la présidente du Conseil démocratique syrien, une coupole de partis du nord de la Syrie.

Ilham Ahmed, qui est aussi la négociatrice en chef des Kurdes avec le gouvernement de Damas, a rencontré à Bruxelles le député Georges Dallemagne.

Les Forces démocratique syriennes (FDS), l’alliance arabo-kurde soutenue jusqu’ici par les Etats-Unis, ont perdu près de 11 000 hommes et femmes dans les combats contre l’État islamique. Ils ont été le fer de lance sur le terrain de la coalition internationale contre Daech.

« Nous ne voulons pas entrer en guerre avec la Turquie », ajoute-t-elle. « Nous avons cédé sur beaucoup de choses », notamment en retirant des troupes dans une zone où patrouillent des soldats américains et turcs. « Mais aujourd’hui, nous voyons les soldats qui ont travaillé avec nous partir. Cela fait mal ».

La responsable kurde ne s’attend pas à de cadeaux de la part de l’armée turque, déjà installée dans la poche d’Afrine au nord-ouest de la Syrie. « Il y a trois millions de personnes qui vivent dans notre région – des Kurdes, des Arabes, des Araméens, des Turkmènes. On ouvre la porte à la Turquie pour qu’elle fasse un génocide ».

Ilham Ahmed craint aussi que les 2 000 djihadistes étrangers détenus par les FDS ne se dispersent à la faveur des combats. « Certains vont aller vers la Turquie, d’autres du côté du régime syrien », prédit-elle.

Les conditions exactes de l’intervention turque ne sont pas connues pour le moment. Les Etats-Unis pourraient imposer une no-fly zone. L’intervention pourrait être limitée dans un premier temps. Le président turc Erdogan laisse planer le doute alors que les capitales européennes s’agitent. « Il y a une phrase que nous répétons tout le temps : on pourrait entrer (en Syrie) n’importe quelle nuit sans prévenir », a-t-il dit lundi lors d’une conférence de presse.