Le pays compte sur son réseau de barrages pour tenter de lutter contre les flots, mais des crues records ont encore englouti des milliers de maisons cette année.

Voici cinq questions pour tenter de comprendre le phénomène.

Les barrages fonctionnent-ils? 

La Chine compte sur ses barrages, digues et réservoirs pour contrôler les eaux.

De juin à début août, 30 milliards de mètres cubes ont ainsi été contenus par les barrages et réservoirs sur le Yangtsé, le plus long fleuve d'Asie (6.300 km), selon le ministère des Situations d'urgence. Cela a permis d'atténuer les inondations en aval, notamment dans la métropole de Shanghai (est). Mais toutes les infrastructures n'ont pas été aussi efficaces.

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Les autorités de la ville de Chuzhou (est) ont été contraintes de faire sauter une partie d'un barrage en juillet pour libérer les eaux qui s'accumulaient, selon la télévision publique CCTV.

Par ailleurs selon les autorités, le barrage géant des Trois-Gorges, plus grande centrale hydroélectrique du monde située dans le centre du pays, affronte cette semaine sa plus grosse arrivée d'eau depuis sa mise en place en 2003.

Quel rôle joue le changement climatique?

Il rend les événements météorologiques extrêmes plus fréquents. La pression sur les barrages chinois devrait ainsi augmenter.

Lorsque l'atmosphère se réchauffe, elle retient davantage d'humidité, ce qui rend les averses plus intenses, explique à l'AFP Benjamin Horton, directeur de l'Observatoire de la Terre à Singapour. Les niveaux de 53 rivières ont atteint leurs plus hauts historiques cet été, selon le ministère chinois des Ressources en eau. "Les inondations de cet été, c'est un signal d'alarme pour la Chine en matière de changement climatique", déclare Li Shuo, analyste pour l'ONG environnementale Greenpeace.


Comment limiter les dégâts?

L'urbanisation en Chine depuis 40 ans exacerbe les problèmes: de plus en plus de terres sont recouvertes de constructions en dur, ce qui contribue à l'accumulation d'eau lors des précipitations.

En réaction, le gouvernement a lancé en 2014 une campagne de "villes-éponges". Le principe: remplacer les matériaux classiques par des équivalents poreux comme des trottoirs perméables, aménager davantage d'espaces verts, de zones de drainage et de réservoirs pour éviter les accumulations d'eau à la surface.

"L'objectif, c'est que les eaux pluviales se déversent dans les égouts ou les espaces verts et affectent moins les zones bâties", déclare à l'AFP Cecilia Tortajada, chercheuse en politique de l'eau à l'Université nationale de Singapour.

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Qui souffre le plus des inondations ?

Surtout les habitants des zones rurales, qui se trouvent à proximité du lit des rivières. Beaucoup ont vu leurs maisons et leurs cultures englouties. "Alors que les citadins des mégalopoles chinoises sont globalement épargnés par la montée des eaux, une grande partie de l'arrière-pays le long du Yangtsé se trouve en première ligne", souligne Li Shuo, de Greenpeace.

La semaine dernière, plus de 165.000 hectares de cultures ont été endommagés dans la province du Sichuan (sud-ouest), selon les autorités. Certains villages sont parfois sacrifiés et leurs habitants évacués afin d'épargner des villes plus densément peuplées.

Que faire de plus ?

Pour limiter le coût humain, la Chine renforce également son système de veille des inondations ainsi que les évacuations rapides d'habitants. Certaines localités font même appel à des technologies futuristes: des agents de la ville d'Anqing (est) utilisent ainsi... des lunettes de réalité virtuelle, reliées à des caméras de surveillance des rivières et utilisant la 5G, selon Chine nouvelle.

Toutes ces mesures ont un effet: le nombre de morts ou disparus entre juin et début août suite aux inondations est tombé à 219. C'est seulement la moitié de la moyenne annuelle des cinq dernières années, selon le ministère des Situations d'urgence.

Le coût économique grimpe toutefois: +15% en 2020, à 179 milliards de yuans (22 milliards d'euros), ont annoncé cette semaine les autorités.