Israël a expulsé lundi le directeur de l'organisation Human Rights Watch (HRW) pour Israël et les Territoires palestiniens, Omar Shakir, la première personne à être expulsée dans le cadre de mesures controversées contre une campagne de boycottage de l'Etat hébreu.

M. Shakir, citoyen américain, a quitté en soirée le territoire israélien, après une longue bataille judiciaire pour tenter d'annuler cette décision.

Depuis 2017, Israël interdit l'entrée sur son territoire à des étrangers accusés de soutenir la campagne BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) contre le pays. Mais, selon les autorités israéliennes, M. Shakir est le premier à être expulsé en vertu de cette mesure.

Israël a refusé de renouveler son visa fin 2018, l'accusant de soutenir le BDS, ce que nie Omar Shakir. Après une série d'appels, la Cour suprême israélienne a donné son feu vert à l'expulsion du responsable de HRW, une ONG de défense des droits humains basée à New York.

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Une vingtaine de personnes, certaines arborant des pancartes sur lesquelles pouvait-on lire "Vous ne pouvez cacher l'occupation", sont venues à l'aéroport de Tel-Aviv, apporter leur soutien à M. Shakir qui a pris l'avion en direction de Munich.

M. Shakir poursuivra sa mission en dehors d'Israël, et ne sera pas remplacé.

Avant son départ, Omar Shakir a dénoncé "un effort pour museler HRW", qui témoigne, de l'importance des "attaques" de la part des autorités israéliennes contre "la communauté de défense des droits humains, israélienne et palestinienne".

HRW a dénoncé son expulsion, qui ressemble, selon elle, au traitement que lui réservent des pays comme l'Egypte, la Syrie ou la Corée du Nord.

"Je ne me souviens pas d'une autre démocratie ayant bloqué l'accès à un chercheur de HRW", a déploré auprès de l'AFP le directeur de l'organisation Kenneth Roth.

"Pays sain"

"Israël, comme n'importe quel pays sain, a le droit de décider qui a le droit d'entrer et de travailler à l'intérieur de ses frontières", a justifié le ministère des Affaires stratégiques, fer de lance de la campagne israélienne contre le BDS.

Il a assuré que HRW pouvait nommer un nouveau directeur mais qu'il considérait Omar Shakir comme "un propagateur actif du BDS".

L'Union européenne et l'ONU ont exprimé leur opposition à la décision israélienne. Les Etats-Unis ont dit leur "forte opposition à la campagne BDS" tout en affirmant leur attachement à la liberté d'expression.

Cette expulsion "est un acte désespéré et despotique cohérent avec les pratiques illégales de ce régime d'occupation", a dénoncé Hanane Achraoui, une responsable de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Le BDS appelle au boycott économique, culturel ou scientifique d'Israël afin d'obtenir la fin de l'occupation et de la colonisation des Territoires palestiniens. Ses soutiens s'appuient sur l'exemple de l'Afrique du sud, affirmant que le boycott du pays a permis de mettre fin au régime d'apartheid.

Israël accuse le BDS d'antisémitisme et de remettre en cause l'existence même de l'Etat hébreu, ce que le mouvement nie.

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Ni vivre, Ni travailler 

Les autorités israéliennes avaient dans un premier temps mis en exergue des commentaires d'Omar Shakir faits avant qu'il ne prenne son poste en Israël en 2017 et dans lesquels il estimait que le BDS était un moyen de pression sur Israël.

Mais elles reprochent aussi à HRW ses critiques contre les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, illégales selon le droit international et l'ONU.

"Tous ceux qui agissent contre Israël doivent savoir que nous ne leur permettrons pas de vivre, ni de travailler ici", a déclaré après le verdict de la Cour suprême, le ministre de l'Intérieur Arié Dery.

"Ni HRW ni moi-même en tant que son représentant n'avons jamais appelé au boycott d'Israël", s'est défendu M. Shakir. HRW a appelé les entreprises opérant dans les colonies israéliennes à cesser de le faire, sans demander le boycottage d'Israël, a-t-il ajouté.

Plus de 600.000 Israéliens sont installés dans des colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, territoires occupés par Israël depuis 1967 et où vivent environ trois millions de Palestiniens.

Cette expulsion ne vise pas Omar Shakir personnellement mais le travail de HRW en général contre les politiques "discriminatoires" israéliennes, estime M. Roth. "En tentant de pénaliser Omar et de l'expulser, Israël met davantage en lumière ses propres manquements".