Six mois après sa formation, le gouvernement d'union de Benjamin Netanyahu et Benny Gantz a fait un premier pas mercredi vers sa chute, lors d'un vote préliminaire des élus appelant à la dissolution du Parlement et la convocation de nouvelles élections en Israël.

Accusant l'actuel gouvernement d'union d'être le "pire de l'histoire d'Israël" et de ne pas avoir su gérer la crise du coronavirus, le chef de l'opposition Yaïr Lapid avait demandé la tenue d'un vote mercredi pour dissoudre la Knesset, le Parlement.

Dès mardi soir, Benny Gantz avait annoncé son soutien à la motion accusant notamment Benjamin Netanyahu de servir ses intérêts plutôt que ceux du pays.

La motion a obtenu mercredi après-midi 61 votes favorables y compris celui de Benny Gantz, tandis que 54 députés ont voté contre, selon la Knesset.

A la suite de ce vote, la motion de l'opposition peut désormais être débattue en commission parlementaire, ouvrant la voie à une dissolution de la chambre et à la convocation de nouvelles élections, les quatrièmes en moins de deux ans en Israël.

Mais pour y parvenir, le projet de dissolution du Parlement devra faire l'objet de trois autres votes et recueillir à chacune de ces étapes un minimum de 61 appuis, seuil de la majorité à la Knesset (120 députés).

Ce vote témoigne d'emblée des limites du mariage de raison entre Benjamin Netanyahu et Benny Gantz.

Au printemps, après trois élections ayant placé au coude-à-coude M. Netanyahu, le plus pérenne des chefs de gouvernement de l'histoire d'Israël, et M. Gantz, ex-chef de l'armée, les deux camps avaient convenu de forger un gouvernement d'union et d'urgence.

Divorce annoncé ? 

Objectif annoncé de la manoeuvre: mettre fin à la plus longue crise politique de l'histoire israélienne et assurer que le pays sorte le plus indemne possible de la pandémie de Covid-19.

L'accord prévoyait une répartition équitable des portefeuilles ministériels et une rotation au poste de chef de gouvernement, à commencer par Benjamin Netanyahu qui pouvait ainsi se maintenir au pouvoir.

Mais six mois après les noces politiques, rien ne va déjà plus...

"Il (Netanyahu) se concentre sur sa propre survie politique, c'est la seule chose qui dicte ses décisions", a lancé M. Gantz, accusant son partenaire dans le gouvernement d'union de "décevoir" la population.

Il a aussi exhorté M. Netanyahu "à faire voter le budget par le gouvernement, afin que les citoyens d'Israël ne se retrouvent pas aux urnes en mars".

Depuis des mois, les deux hommes s'opposent sur le budget 2020, qui n'a toujours pas été adopté laissant le pays sans cadre financier clair, et celui de 2021, année au cours de laquelle M. Gantz doit succéder à M. Netanyahu.

Sans une approbation par les élus du budget d'ici le 23 décembre, la Knesset se dissoudra d'elle-même et des nouvelles élections législatives seront convoquées trois mois plus tard, en mars 2021.

Outre un différend sur le budget, M. Gantz ne semble pas dans la boucle pour certaines décisions stratégiques en lien avec la normalisation des relations entre Israël et des pays arabes.

 Une question de mois ? 

Si Benny Gantz soutient ces accords avec les Emirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan, il semble avoir été écarté de certaines décisions stratégiques comme la visite secrète la semaine dernière de M. Netanyahu en Arabie saoudite, relève la presse locale.

En votant pour la dissolution du Parlement, M. Gantz a soit cherché à faire pression sur M. Netanyahu, notamment sur l'adoption d'un budget, soit choisi d'en découdre dans de nouvelles élections, que plusieurs commentateurs jugent désormais inévitables.

Les derniers sondages créditent le Likoud de Benjamin Netanyahu de la première place, devant la formation de droite radicale Yamina de Naftali Bennett, le parti centriste de Yaïr Lapid et la formation Bleu-Blanc de Benny Gantz.

M. Gantz a "peur des élections (...) car ses appuis dégringolent", mais un scrutin en mars n'est pas non plus le scénario de choix pour Benjamin Netanyahu qui comparaîtra alors dans son procès pour "corruption", estime Yohanan Plesner, président de l'Institut démocratique d'Israël (IDI), un centre d'analyse.

Netanyahu préférerait des élections vers juin lorsque la population se sera "habituée" à son procès, qu'un vaccin contre le coronavirus serait "davantage disponible" et "que la confiance des Israéliens grimpe à l'égard de sa gestion de la crise (sanitaire)".